Coupoles Robert HALLEUX : « La cryptographie à l’âge classique entre secrètes sciences et mathématique »

Robert HALLEUX : « La cryptographie à l’âge classique entre secrètes sciences et mathématique »

La cryptographie ou art du chiffrement a pour objet de transformer un texte clair en un texte chiffré dont le sens n’est compréhensible qu’à ceux qui en possèdent la clef ou le code, en empêchant des tiers de casser le code ou de décrypter le message.

La cryptographie a fleuri du XVe au XVIIe siècle avec Leone Battista Alberti, Jean Trithème, Gianbattista della Porta, Blaise de Vigenère, François Viète et Antoine Rossignol. À côté de la diplomatie et de l’art militaire, elle a été aussi d’un large usage dans les « secrètes sciences », alchimie, kabbale et magie cérémonielle. C’est le rapport entre ces deux traditions que la présente communication entend étudier. Après une étude sémantique des maîtres mots de cet art (chiffre, code, clef), on suivra pas à pas les deux méthodes classiques de chiffrage, la substitution et la transposition. Dans les systèmes de substitution, les alphabets secrets décrits par Vigenère se retrouvent chez les alchimistes comme Giovanni Fontana et le Pseudo Enrique de Villena.

Les substitutions de chiffres s’emploient en kabbale et en gématrie, et les substitutions alphabétiques par décalage de l’alphabet se retrouvent dans la fabrique des incantations.

Ces méthodes de chiffrement se prêtent à un traitement mécanique comme le cylindre à rotors de Fontana ou la machine à cadrans de Henri III. Dans la méthode par transposition, les éléments du texte clair conservent leur représentation, mais l’ordre en est modifié selon une clef : cette pratique est bien connue chez les kabbalistes chrétiens. Si Trithème et Vigenère puisent largement dans la tradition hermétique, François Viète développe une méthode rigoureusement mathématique fondée sur le calcul des fréquences pour le déchiffrement et propose un chiffrement fondé sur des substitutions syllabiques et l’usage du nomenclateur. Il inaugure une lignée de cryptologues mathématiciens dont le plus célèbre et le plus discret est Antoine Rossignol, au service de Condé, de Richelieu et de Mazarin, qui a laissé son nom à l’outil favori des cambrioleurs.