Séances Vendredi 13 mars 2026
– Communication de Mme Anne de Cremoux, Maître de conférences en Langue et Littérature grecques à l’Université de Lille, sous le patronage de M. Dominique MULLIEZ : « Des vengeresses d’Eschyle aux vieilles belles de Timoclès – Le comique des Euménides vu par les poètes de comédie grecque ».
Résumé
Pour plusieurs critiques, la représentation des Érinyes donnée par Eschyle dans sa tragédie des Euménides, au milieu du Ve s. avant notre ère, comporterait des aspects comiques surprenants. Le problème est alors de comprendre les critères qui sont à l’œuvre, plus ou moins explicitement, pour parler de « comique », la définition que l’on donne ainsi à ce terme, et l’éventuelle fonction de ce choix de représentation au sein d’une tragédie.
Dans cette communication, nous reprenons ces questions en nous appuyant sur la réception de ces passages des Euménides dans la comédie grecque, cette dernière fournissant un certain nombre d’exemples de personnages féminins apparentés aux Érinyes eschyléennes, que ce soit chez Aristophane, au tournant des Ve et IVe s., ou chez les poètes que nous avons conservés par des fragments datés de ces mêmes siècles. Un passage particulièrement frappant est le fr. 27 Kassel-Austin du poète comique Timoclès. Le texte appartient à une comédie que l’on peut dater des années 340-330 avant notre ère, et semble une réponse évidente aux Euménides, puisqu’il met en scène un certain Orestautocleidès, homosexuel entouré de prostituées vengeresses représentées avec des traits eschyléens.
La mise en regard de ces deux séries de textes – extraits des Euménides et extraits de comédies anciennes et moyennes – nous permettra de revenir sur nouveaux frais sur la question d’un comique eschyléen, et d’éclairer cette dernière précisément grâce à la réception qui en a été faite dans le siècle suivant. Nous formulerons ainsi des hypothèses sur la nature de ce comique dans la pièce d’Eschyle, et sur la manière dont il concourt en réalité à la représentation du désastre tragique.
Mots clés : genre littéraire – comédie – tragédie – Érinyes – réception
Abstract
For several critics, Aeschylus’ portrayal of the Erinyes in his tragedy The Eumenides, written in the mid-5th century BCE, contains surprising comic elements. The problem is therefore to understand the criteria that are at work, more or less explicitly, in referring to “comic”, the definition given to this term, and the possible function of this choice within a tragedy.
In this paper, we revisit these questions by drawing on the reception of these passages from the Eumenides in Greek comedy, which provides a number of examples of female characters related to Aeschylus’ Erinyes, whether in Aristophanes, at the turn of the 5th and 4th centuries BCE, or in the poets whose fragments from the same centuries have been preserved. A particularly striking passage is fr. 27 Kassel-Austin by the comic poet Timocles. The text belongs to a comedy that can be dated to the years 340-330 BCE, and seems to be an obvious response to the Eumenides, as it features a certain Orestautocleides, a homosexual surrounded by vengeful prostitutes depicted with Aeschylean traits.
Comparing these two sets of texts – excerpts from the Eumenides and excerpts from ancient and middle comedies – will allow us to take a new look at the question of Aeschylean laughter and shed light on it precisely through its reception in the following century. We will thus formulate hypotheses about the nature of this laughter in Aeschylus’ play, and how it actually contributes to the display of tragic disaster.
Keywords : literary genre – comedy – tragedy – Erinyes – reception