Fouilles archéologiques Mission Chupícuaro (Paraguay) dirigée par Véronique Darras

Présentation 

 

La mission archéologique Chupícuaro – Puruagua, dirigée par Véronique Darras, est le dernier volet des recherches françaises menées dans la vallée d’Acambaro depuis 1999 (État de Guanajuato, Mexique). Cette vallée a été le siège d’un développement culturel original entre le VIIe siècle av. notre ère et le IIIe siècle de notre ère, connu sous le nom de Chupícuaro. Les fouilles pionnières dans le village éponyme, menées en 1945-46 par une équipe mexicaine (dir. R. de la Borbolla) de l’Institut national d’Anthropologie et d’Histoire (INAH), avant la mise en eau de la vallée à la suite de la construction d’un barrage, ont élevé Chupícuaro au rang de culture mère ayant joué un rôle majeur dans les développements de l’ouest et du centre du Mexique, au cours des six siècles qui ont précédé notre ère.

 

Lors de ces premiers travaux, les poteries et les figurines en terre cuite retrouvées dans les quelque 400 sépultures mises au jour ont interpellé les archéologues par leur beauté et leur ressemblance stylistique avec les vestiges matériels découverts sur plusieurs sites préclassiques du bassin de Mexico, dont Cuicuilco, qui fut sa capitale régionale entre 600 av. notre ère et le début de notre ère. On prête alors à Chupícuaro un rôle moteur, en tant que région d’émigration vers le bassin de Mexico mais aussi comme centre de production céramique éminent y exportant ses produits. 

 

A partir de 1999, la mission Chupícuaro (dir. B. Faugère & V. Darras) entame de nouvelles recherches sur le terrain grâce au soutien de l’Institut national d’Anthropologie et d’Histoire (INAH, Mexique), de la Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger du MEAE, du laboratoire Archéologie des Amériques (UMR 8096-ArchAm) et du Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA, Mexique). Des prospections archéologiques et géophysiques sont menées dans les secteurs non immergés de la vallée, suivies de fouilles extensives sur plusieurs sites. Ces travaux ont permis de faire des découvertes inédites : un tissu d’occupation préclassique très dense dans toute la vallée et ses abords, à partir du VIIe siècle av. notre ère ; une architecture publique en maçonnerie majoritairement circulaire (grandes places surbaissées avec canaux de drainage, plateformes à gradins) ; une architecture domestique en matériaux périssables, également circulaire ; des savoir-faire artisanaux spécifiques favorisés par la présence de ressources hydrothermales ; ainsi que des pratiques funéraires inédites, avec l’agencement de tombes accessibles par un puits. Ces travaux ont révélé une parenté culturelle avec la célèbre tradition des « Guachimontones » et des tombes à puits, typique de l’extrême ouest du Mexique, ce qui permet de placer l’origine des populations Chupícuaro dans cette région. Ils ont aussi révélé, à partir du IIIe siècle de notre ère, les liens entre les descendants des Chupícuaro, appelés Mixtlán, et la métropole de Teotihuacan.

 

En 2021, une nouvelle phase de recherches est entreprise. La mission Chupícuaro – Puruagua s’intéresse alors à la partie orientale de la vallée d’Acambaro où se trouvent d’importantes ressources hydrothermales, afin d’approfondir des questions ciblées sur les aspects techniques, sociaux et économiques de la production matérielle, les interactions intra- et inter-régionales, ainsi que les mécanismes du déclin de la culture Chupícuaro.

 

Depuis 2024, les fouilles se concentrent sur le site JR35_El Plan, situé à proximité du principal complexe hydrothermal. Plusieurs plateformes circulaires à gradins datant de la fin de la phase Chupícuaro récent (200-100 av. n. è.) ont été mises au jour sur ce site. Cette nouvelle phase s’inscrit également dans une dynamique transdisciplinaire, avec des recherches ciblées sur le matériau céramique. Le programme ANR-CHUPICERAM étudie les processus de fabrication de la céramique, de l’acquisition des matières premières jusqu’aux produits finis. Il caractérise les traditions techniques propres à chaque région, tente de comprendre les variations dans le temps, établit et interroge les liens entre les différents assemblages céramiques, et discute des relations interrégionales en termes de proximité économique, sociale et culturelle. Pour ce faire, des outils propres à l’archéologie, à la géologie et aux sciences physico-chimiques sont utilisés pour identifier les sources de matières premières et les méthodes de fabrication, et retracer d’éventuelles routes de circulation. Dans sa nouvelle phase, l’équipe intègre des chercheurs issus d’institutions mexicaines (INAH, MNA_INAH, UNAM, EncrYm) et françaises (UMR 8096_ArchAm, Université Paris 1, Université Bordeaux Montaigne). 

 

Les recherches sur la culture Chupícuaro s’inscrivent dans une démarche pluridisciplinaire avec un engagement fort en faveur de la formation et de la valorisation, au Mexique et en France. Ces dernières années, d’importantes activités de diffusion et de médiation ont été réalisées, dont la plus récente est une exposition sur le matériau céramique. Celle-ci s’est déroulée au musée national d’anthropologie (MNA, Mexico) entre février et juin 2025, et a accueilli plus de 250 000 visiteurs (https://mna.inah.gob.mx/exposiciones_temporales_detalle.php?pl=Ceramica_Voces_del_barro_antiguo).  

 


 

Liens utiles : liens vers des sources en ligne (archives, pages des laboratoires associés…)

https://archam.cnrs.fr/projets/projets-en-cours/chupicuaro/   

https://archam.cnrs.fr/projets/projets-en-cours/chupiceram/ 

https://anr.fr/Projet-ANR-20-CE27-0022 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Légende des illustrations

 

Illustration 1. Chupícuaro et ses voisins. Période préclassique moyenne à terminale (650 av. n. è.-250 n. è.) (© ArchAm_ Conception : Véronique Darras. Dessins : S. Eliès & F. Bagot).

 

Illustration 2. Relevé géophysique sur le site TR 6 montrant des anomalies correspondant à des constructions en maçonnerie. Les fouilles ont révélé qu’il s’agissait de grandes places surbaissées d’au moins une mètre (patios hundidos) munies de canaux de drainage et auxquelles on accédait par des escaliers. La place de plan circulaire mesure 53 mètres de diamètre  (© Archives du projet Chupícuaro. Relevé : Vincent Bichet et Christophe Durlet).

 

Illustration 3. Tombe muni d’un puit d’accès à une chambre funéraire exiguë. Site TR 6_SEP. 12. (© Archives du projet Chupícuaro. Photo : Juan Carlos Equihua).

 

Illustration 4. Céramiques de style Chupícuaro (© Archives du projet Chupícuaro. Photo : Véronique Darras).

 

Illustration 5. Montage photogrammétrique de l’UT 15 en fin de fouilles, site JR 35_El Plan  (© Archives du projet Chupícuaro – Puruagua. Conception : Alejandra Castañeda Gómez del Campo et Victor Álvarez).

 

Illustration 6. Vue générale de la fouille de l’UT 15_ site JR 35_El Plan, avec Alejandra Castañeda Gómez del Campo et Victor Álvarez (© Archives du projet Chupícuaro – Puruagua).