Fouilles archéologiques Programme « Préhistoire de Casablanca » (Maroc) dirigé par Camille Daujeard

Présentation 

 

La région de Casablanca, au Maroc, a permis la fouille de sites exceptionnels par leur richesse. Ainsi, au sud-ouest de la ville, les carrières de Sidi Abderrahmane, de Thomas I et d’Oulad Hamida 1 documentent l’histoire des premiers humains en Afrique du Nord au travers de leurs caractéristiques biologiques, de leurs comportements et de leurs environnements. Ces carrières de Casablanca offrent un terrain privilégié pour étudier les différents moments de l’évolution de l’Acheuléen africain (entre 1 300 000 et 300 000 ans environ), au plus loin de ses origines en Afrique de l’Est, et l’occupation d’un milieu côtier encore jamais expérimenté.

 

À l’est de la ville, le site paléontologique d’Ahl al Oughlam (c. 2,5 Ma) est à ce jour le site Plio-Pléistocène le plus riche d’Afrique du Nord. Les fouilles qui y ont été menées dans le cadre de la mission ont permis de mettre à jour plus de 70 espèces animales, avec une très grande variété de mammifères, herbivores et carnivores.

 

Les premiers peuplements humains de l’Afrique du Nord

 

La Mission archéologique « Casablanca » se consacre à l’étude des premiers peuplements du Maroc atlantique. Entre Afrique subsaharienne et Europe, le Maroc occupe une place de choix dans les réflexions concernant les échanges culturels et les dynamiques de peuplements durant la Préhistoire.

 

L’essentiel des données archéologiques concernant les occupations humaines anciennes du Maroc, avant l’émergence d’Homo sapiens, provient du littoral atlantique, et de Casablanca en particulier, même si de très nombreux sites sont connus à l’intérieur des terres. L’originalité de la région de Casablanca est en effet d’avoir conservé, par son histoire géologique, un nombre important de sites archivant la succession des environnements, des faunes et des humains, du début du Pléistocène à l’actuel, permettant ainsi d’appréhender la réponse des hominines à leur environnement.

 

Hors du rift est-africain, à ce jour, l’ensemble formé par les sites des carrières Sidi Abderrahmane, Thomas I et Oulad Hamida 1, est le seul à offrir un complexe de sites archéologiques inscrit dans un cadre chronostratigraphique robuste documentant l’émergence et le développement de l’Acheuléen.

 

Les sites archéologiques : une richesse exceptionnelle au travers de deux exemples majeurs

 

La carrière Thomas I

 

Dans la carrière Thomas I, le site acheuléen de plein-air ThI-L, d’une exceptionnelle richesse, a récemment permis de proposer un âge de l’ordre de 1,3 millions d’années, ce qui représente la plus ancienne évidence archéologique en contexte stratigraphique fiable de la présence humaine enregistrée au Maroc.

 

Les sites acheuléens en grotte, un peu plus récents, offrent notamment un remarquable registre de restes humains, le plus important pour l’Afrique du Nord, ainsi que de riches accumulations de faunes fossiles et d’artefacts lithiques.

 

Des fossiles humains mis au jour dans la Grotte à Hominidés, au sein de la carrière Thomas I près de Casablanca (Maroc), apportent un éclairage inédit sur une période clé de l’évolution humaine, il y a environ 773 000 ans. Grâce à une datation précise fondée sur l’enregistrement du champ magnétique terrestre, ces restes peuvent être replacés avec une grande fiabilité chronologique dans l’histoire ancienne des populations humaines d’Afrique et d’Eurasie. Ils éclairent l’émergence de la lignée Homo sapiens, renforcent l’idée que ses racines profondes sont africaines et soulignent le rôle clé de l’Afrique du Nord-ouest dans les grandes étapes de l’évolution humaine. La faune associée y est très bien conservée, dominée par les bovidés (antilopes, gazelles, etc.) et les carnivores (chacals, hyènes, panthères, ursidés…), qui sont les principaux responsables des restes humains et animaux accumulés dans la grotte.

 

La carrière d’Oulad Hamida 1

 

Dans la carrière d’Oulad Hamida 1, l’exceptionnelle richesse lithique et faunique d’un autre site en grotte, la Grotte des Rhinocéros, est sans équivalent au Nord de l’Afrique, et en fait un site capital pour comprendre les comportements de subsistance des hominines de la transition Pléistocène inférieur/Pléistocène moyen au Maghreb. Ce site est en effet exceptionnel pour les nombreux restes de Rhinocéros (Ceratotherium mauritanicum) associés à un très riche outillage Acheuléen. De manière générale, le spectre faunique, très similaire à celui de la Grotte à Hominidés, témoigne d’un milieu très ouvert, qui a été exploité par les humains comme par les carnivores. Les marques de découpe observées sur les restes osseux exhumés sont les plus anciens témoignages de boucherie en grotte pour le continent africain, datés à plus de 700 000 ans.

 

Un nouvel éclairage en faveur de la valorisation du patrimoine préhistorique de Casablanca :

 

La Mission a été un partenaire important du projet de conservation et de mise en valeur des sites archéologiques de Casablanca, dont l’un des objectifs était la création sur le site de la carrière Sidi Abderrahmane d’un parc de Préhistoire (centre d’interprétation du patrimoine – CIP – et parcours extérieur paysager et culturel). Ce parc, le premier au Maroc et l’un des rares en Afrique, a été inauguré en juillet 2025, et est un exemple original de la mise en valeur du patrimoine préhistorique marocain.

 

Cadre de la mission :

 

La Mission archéologique « Casablanca » s’inscrit dans une très longue coopération entre le Maroc et la France, débutée en 1978, dans le cadre du programme maroco-français intitulé « Préhistoire de Casablanca », ayant comme partenaires le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères (MEAE), l’Institut national des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication / département de la Culture du Royaume du Maroc, et le Laboratoire d’Excellence Archimède de l’Université Paul Valéry Montpellier 3.

 


 

Liens utiles :

 

Early hominins from Morocco basal to the Homo sapiens lineage (Hublin, JJ., Lefèvre, D., Perini, S. et al.) Nature, 7 janvier 2026 : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09914-y

 

Émission radiophonique (France Culture) : Casablanca, 773 000 ans : retour aux sources d’Homo sapiens

 

Article The Conversation: Maroc : des fossiles humains très anciens éclairent une période clé de l’évolution humaine

 

Actualités du Muséum : https://www.mnhn.fr/fr/actualites/des-fossiles-humains-decouverts-au-maroc-apportent-un-eclairage-sur-les-origines-d-homo

 

2d Prix Clio 2023 : https://www.clio.fr/prixclio/

 

La carrière Sidi Abderrahmane (Raynal et al., 2023) : https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-031-20290-2_53

 

La Grotte des Rhinocéros de la carrière Oulad Hamida 1 (Raynal et al., 2023) : https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-031-20290-2_49

 

La Grotte à Hominidés et l’Unité L de la carrière Thomas I (Raynal et al., 2023) : https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-031-20290-2_54

 

L’Acheuléen ancien de l’Unité L de la carrière Thomas I (Gallotti et al., 2021, 2023) : https://www.nature.com/articles/s41598-021-94695-3 et https://www.isita-org.com/jass/Contents/2023vol101/Gallotti/36587282.pdf

 

Activités de boucherie à la Grotte des Rhinocéros (Daujeard et al., 2020) : https://www.nature.com/articles/s41598-020-61580-4

 

Les plus anciennes traces de boucherie en grotte en Afrique (actualités du CNRS – INEE, 2020) : https://www.inee.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/les-plus-anciennes-traces-c-700-000-ans-de-boucherie-en-grotte-en-afrique

 

Séminaire « Grands mammifères et premiers Hommes en Afrique du Nord : biochronologie, paléoenvironnements et subsistance », in « Préhistoire et évolution humaine au Maghreb », colloque organisé par J.-J. Hublin (2019) : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/colloque/prehistoire-et-evolution-humaine-au-maghreb/grands-mammiferes-et-premiers-hommes-en-afrique-du-nord-biochronologie-paleoenvironnements-et

 

Des hominines consommés par des carnivores (Daujeard et al., 2016) : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0152284

 

Des hominines consommés par des carnivores (actualités du Max Planck, 2016) : https://www.mpg.de/10467838/early-humans-carnivores

 

Émission radiophonique – Qui a croqué Homo rhodesiensis ? (Daujeard & Hublin, 2016) : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-salon-noir/qui-a-croque-homo-rhodesiensis-7620623

 

Documentaire (2016) : https://www.youtube.com/watch?v=l1shWOPDXQ8

 

 

Illustrations : 

 

Figure 1. Vue générale de la carrière Thomas I, Casablanca, Maroc, avec la Grotte à Hominidés et l’Unité L (© Mohib). 

 

Figure 2. Handaxe pointu en quartzite provenant du site acheuléen ThI-L (⁓1,3 Ma), carrière Thomas I, Casablanca, Maroc (© Gallotti). 

 

Figure 3. Vue du site de la Grotte des Rhinocéros, carrière Oulad Hamida 1, Casablanca, Maroc (© Mohib). 

 

Figure 4. Vue d’une dizaine de stries de boucherie (a, b, c : incisions courtes et parallèles observables à différents grossissements) présentes sur la partie proximale de la face externe d’une côte d’alcelaphini du site de la Grotte des Rhinocéros, Maroc (© Daujeard). 

 

Figure 5. Mandibule (ThI-GH-10717) datée de 773 000 ans, provenant de la carrière Thomas I, au Maroc © Hamza Mehimdate, Programme Préhistoire de Casablanca.