Fouilles archéologiques Mission Oasis de l’Arabie déserte (Arabie saoudite) dirigée par Guillaume Charloux

La mission Oasis de l’Arabie déserte a été crée en 2010 dans le cadre de la coopération scientique entre la France (CNRS, UMR 8167 Orient & Méditerranée) et l’Arabie saoudite (Saudi Commission for Tourism and National Heritage, aujourd’hui Heritage CommissionSaudi Ministry of Culture).  

 

Après s’être concentré sur l’oasis de Dûmat al-Jandal entre 2010-2017 (dir. G. Charloux et R. Loreto), le programme scientifique s’est étendu à d’autres centres culturels et politiques majeurs d’Arabie Saoudite les années suivantes : Najrân/ Himà (dir. C. Robin et S. al-Saïd, puis A. Prioletta, 2006-2023), al-Kharj (dir. J. Schiettecatte et A. al-Ghazzi, 2011-2017), le Camel Site (dir. G. Charloux, M. Guagnin et A. Al- Sharekh, 2018-2022). Désormais, les recherches portent exclusivement sur l’oasis d’al-Badʿ dont l’étude a débuté en 2017 (dir. G. Charloux et S. Sahlah). 

 

À travers ces oasis et étapes dans la moitié occidentale de l’Arabie saoudite, la mission Oasis de l’Arabie déserte vise un examen diachronique et cartographique de cette région mal connue, ouverte seulement depuis 20 ans à la recherche scientifique internationale. Les problématiques comprennent la formation et le peuplement des oasis, les mutations des modes de subsistance en milieu hyperaride au fil des siècles, l’émergence et l’évolution des entités politiques locales, le développement et l’extinction des pistes et du commerce caravanier, la transition entre périodes préislamique et islamique en Arabie, ou encore les transformations de la culture matérielle et ses interconnexions régionales à travers les âges. À l’instar des autres oasis de la région, les rythmes et modalités du peuplement sont au cœur de nos questionnements sur l’oasis d’al-Badʿ, en particulier le constat d’une stratigraphie horizontale (et/ou verticale) sur la longue durée et d’interruptions de la présence humaine parfois durant des millénaires. D’autres interrogations portent sur la nature des installations (permanentes/temporaires) ou la culture matérielle régionale. 

 

Depuis sa création, les résultats du projet archéologique ont fait l’objet de nombreuses publications par les membres de la mission (17 ouvrages et rapports publiés ou sous presse et 15 rapports en ligne, 153 articles, 235 conférences et interventions), notamment dans des revues internationales de haut rang : Antiquity, PlosOne, Journal of Archaeological Science (et : Reports), Quaternary International, etc. Toutes ces publications, touchant aussi bien à la Préhistoire qu’à l’époque islamique, traitant d’archéobotanique comme des qanat ou d’inscriptions royales, ont profondément renouvelé notre connaissance archéologique et historique des régions concernées et plus globalement des oasis d’Arabie septentrionale. Certaines découvertes ont eu un retentissement considérable à l’international, relayées par des communiqués de presse des institutions partenaires. Parmi les découvertes les plus remarquables, nous pouvons mentionner : 

 

– Le Camel Site, site rupestre préhistorique (néolithique, voire épipaléolithique) comprenant des reliefs de dromadaires et d’équidés en taille réelle ;

 

– Les plus anciens plans à l’échelle de structures humaines (desert kites) dans la région de Dûmat al-Jandal, en collaboration avec le projet GlobalKites ;

 

– Les plus anciennes traces d’agriculture au VIIe millénaire av. J.-C. sur un site d’habitat du néolithique à Asifir dans l’oasis d’al-Badʿ ;

 

– Une plateforme rituelle d’époque néolithique surplombant l’oasis de Dûmat al-Jandal (VIe millénaire av. J. -C.) ;

 

– Des archives alluviales d’une épaisseur de 4 à 8 m, antérieures à la fin du IVe millénaire av. J.-C. sur le site d’al-Rudaydah dans l’oasis d’al-Badʿ, qui permettront une restitution paléoenvironnementale unique dans la région ;

 

– Le seul site d’habitat sédentaire permanent du IVe millénaire av. J.-C. en Arabie du nord, à al-Rudaydah dans l’oasis d’al-Badʿ, comportant deux plateformes monumentales, et des zones résidentielles et agro-économiques (viniculture ?) ; 

 

– Une nécropole intacte de la première moitié du IIIe millénaire av. J.-C. à al-Rudaydah dans l’oasis d’al-Badʿ, dont 15 tombes ont été fouillées ;

 

– La découverte de remparts dans plusieurs oasis et la mise en lumière d’un réseau d’oasis fortifiées (walled oases) dans le nord-ouest de l’Arabie, implantées dès l’âge du Bronze et perdurant parfois jusqu’à l’époque moderne ; 

 

– Une citadelle inconnue probablement de l’âge du Fer sur le site d’al-Qala dans l’oasis d’al-Badʿ ; 

 

– L’étude architecturale des tombeaux nabatéens monumentaux de la nécropole de Mughayr Shua’yb à al-Badʿ ; 

 

– Des inscriptions nabatéennes dans la région de Dûmat al-Jandal, confirmant le contrôle de Rome sur l’Arabie du nord jusqu’au Najd dès le début du IIe siècle av. J.-C. ; 

 

– Une bâtisse à cour centrale nabatéo-romaine (Ier-IIIe s.) sur le site d’al-Malha dans l’oasis d’al-Badʿ, contenant un mobilier archéologique abondant, en particulier une lampe en bronze décorée de dauphins et de feuilles d’acanthes ;

 

– Un vaste fort d’époque romaine et un diplôme militaire du IIIe siècle av. J.-C. à al-Badʿ ; 

 

– Une inscription funéraire complète, en araméen tardif datée du IVe siècle av. J.-C. sur le site d’al-Malha dans l’oasis d’al-Badʿ ; 

 

– Des inscriptions paléo-arabes, dont une datée du VIe siècle av. J.-C. dans la région de Dûmat al-Jandal, comblant un hiatus majeur dans la transition entre le nabatéen et l’arabe ; 

 

– Des inscriptions royales himyarites remontant au VIe siècle av. J.-C. dans la région de Himà ; 

 

– Une grande mosquée à al-Kharj (XVe-XVIIIe s.), fondée sur les vestiges de mosquées omeyyades et abbassides (début VIIIe-Xe s.) ;

 

– La mise en lumière d’un vaste et complexe réseau de qanat (galeries drainantes souterraines), exploré par des spéléologues, dans l’oasis de Dûmat al-Jandal ; 

 

– Des centaines de sites d’expression rupestre (pétroglyphes, inscriptions thamoudéennes, sudarabiques, nabatéennes, syriaques, paléoarabes et arabes) et d’habitat de toutes périodes, mais aussi une contribution à la restitution du paysage antique et moderne des oasis étudiées et à l’enregistrement des sites saoudiens sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. 

 

 

 

◊ Figure 1. Analyse et conservation du mobilier archéologique par les membres de la mission dans l’oasis d’al-Bad‘, Arabie saoudite, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP.  

 

◊ Figure 2. Sondage sur le fort romain découvert par la Mission à al-Bad‘, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP. 

 

◊ Figure 3. Le chantier de l’âge du Bronze ancien à al-Rudaydah en cours de fouille, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP. 

 

◊ Figure 4. Assemblage céramique de la bâtisse nabatéo-romaine d’al-Bad‘, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP, H. Raguet. 

 

◊ Figure 5. Fouille d’une tombe de la fin de l’antiquité tardive à al-Bad‘, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP & KAUST. 

 

◊ Figure 6. Tombeaux nabatéens de Mughayr Shu’ayb dans l’oasis d’al-Bad‘, © Mission Oasis de l’Arabie déserte, BDAP, H. Raguet. 

Sites web institutionnels 

 

https://archeologie.culture.gouv.fr/fr/dumat-al-jandal 

 

https://archeologie.culture.gouv.fr/al-bad 

 

https://archeologie.culture.gouv.fr/en/camel-site 

 

https://www.orient-mediterranee.com/program/mission-archeologique-dal-bad-supposee-ancienne-madyan-midian/ 

 

https://www.orient-mediterranee.com/program/archeologie-et-histoire-de-loasis-de-dumat-al-jandal/

 

https://www.orient-mediterranee.com/program/le-camel-site/ 

 

https://www.orient-mediterranee.com/program/najran-mission-archeologique-franco-saoudienne/