Séances Vendredi 3 juillet 2026

– Note d’information de Mme Camille Daujeard, sous le patronage du Secrétaire perpétuel Nicolas GRIMAL : « « North-West Side Story » – aux origines de l’occupation humaine au Maroc ».

 

Résumé :

Sur le littoral atlantique marocain, la région de Casablanca a permis la fouille de sites archéologiques exceptionnels par leur ancienneté et leur richesse. Au sud-ouest de la ville, les carrières de Sidi Abderrahmane, de Thomas I et d’Oulad Hamida 1 documentent l’histoire des premiers humains en Afrique du Nord au travers de leurs caractéristiques biologiques, de leurs comportements et de leurs environnements. Ces carrières offrent un terrain privilégié pour étudier l’évolution de l’Acheuléen africain au plus loin de ses origines en Afrique de l’Est, avec des sites datés ici entre 1 300 000 et 300 000 ans, et l’occupation d’un milieu côtier encore jamais expérimenté. Dans le cadre du programme international « Préhistoire de Casablanca » débuté en 1978 grâce à une coopération entre le Maroc (INSAP) et la France (MEAE), la fouille de trois sites (Thomas I-L, Grotte à Hominidés et Grotte des Rhinocéros) a permis des découvertes majeures pour la connaissance des premiers humains de cette région du continent : 1) reconnaissance des premières traces de boucherie en grotte à plus de 700 000 ans  ; 2) datation du plus ancien Acheuléen nord-africain à 1,3 Millions d’années  ; 3) attribution d’un âge de 773 000 ans aux restes humains, qui se situent ainsi à la base de notre lignée. Hors du rift est-africain, l’ensemble formé par ces sites est à ce jour le seul complexe archéologique inscrit dans un cadre chronostratigraphique robuste documentant l’émergence et le développement de l’Acheuléen en Afrique du Nord. En parallèle de ces recherches, le programme s’engage fortement dans la formation, la diffusion et la valorisation des connaissances. Les interventions de terrain participent à la protection des sites archéologiques, dont certains sont encore aujourd’hui menacés de destruction par l’urbanisme croissant de la ville de Casablanca.

 

Abstract:

On the Moroccan Atlantic coast, the Casablanca region hosts exceptional archaeological sites, notable fort heir antiquity and richness. In the south-west of the city, the quarries of Sidi Abderrahmane, Thomas I and Oulad Hamida 1 document the history of the first humans in North Africa through their biological characteristics, behaviours and environments. These quarries offer a unique opportunity to study the evolution of the African Acheulean culture, far from its earliest origins in East Africa, with sites dating from between 1,300,000 and 300,000 years ago, including the unprecedented occupation of a coastal setting. Launched in 1978 under a Moroccan-French cooperation (INSAP-MEAE), the « Prehistory of Casablanca » international program has excavated three key sites (Thomas I-L, Grotte à Hominidés and Grotte des Rhinocéros), yielding major discoveries: 1) the earliest butchery traces in cave, dating back more than 700,000 years; 2) the oldest North African Acheulean, dated to 1.3 million years; 3) human remains aged 773,000 years, positioning them at the base of our lineage. Beyond the East African Rift, this sites complex is the only archaeological ensemble with a robust chronostratigraphic framework documenting the Acheulean’s emergence and evolution in North Africa. Alongside this research, the program is strongly committed to training and knowledge dissemination. The fieldwork carried out as part of this program contributes to the protection of archaeological sites, which are still today threatened by the growing urbanization of the city of Casablanca.

 


 

– Communication de M. Olivier Venture, sous le patronage de M. Alain THOTE : « L’oralité dans les sources épigraphiques des Zhou occidentaux (env. 1050-771 av. n. è.) ».

 

Résumé :

Entre le XIIIe siècle avant notre ère qui correspond en Chine à l’apparition des premiers témoins de l’écriture et le début du Ve siècle avant notre ère, les seuls textes de l’antiquité non retouchés par la tradition lettrée proviennent d’inscriptions sur carapace de tortue, sur os, sur pierre, sur terre cuite ou sur bronze. C’est à ces dernières, portées le plus souvent sur des vases rituels fondus pour honorer les ancêtres, que nous nous intéresserons dans cette communication, en nous concentrant sur celles de l’époque dite des Zhou occidentaux (env. 1050-771 av. n. è), si importante dans l’historiographie chinoise traditionnelle. Elles forment un corpus de plusieurs milliers d’inscriptions qui représentent à elles seules plus de 80% de l’ensemble des inscriptions tous supports confondus. Les inscriptions sur bronze ont été produites au sein de la société aristocratique, dans un cadre généralement rituel et parfois également politique. Témoignant de différents usages de l’écriture dans la Chine antique, elles contiennent de nombreuses références à l’oralité. C’est ainsi que des paroles attribuées à des rois ou à de grands aristocrates des XIe-VIIIe siècles avant notre ère ont été conservées jusqu’à nos jours. Nous nous intéresserons plus particulièrement ici à ces citations, au travers d’exemples concrets, pour essayer de comprendre leur place et leur fonction au sein des pratiques épigraphiques des Zhou. Il s’agira en particulier de voir comment ces références à l’oral s’inscrivent dans un véritable discours épigraphique.