Prix et Fondations Médaille Delalande-Guérineau 2026
L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres recommande la lecture de l’ouvrage intitulé Gengis Khan et l’empire mongol, XIIe-XVe siècle de Jacques Paviot, lauréat de sa médaille Delalande-Guérineau 2026.
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Hommage présenté par Jean-Michel MOUTON, membre de l’Académie.
« J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de l’Académie l’ouvrage suivant : Jacques Paviot, Gengis khan et l’Empire mongol XIIe-XVe siècle, Éditions du Cerf, Paris, 2025, 336 p.
Dans ce livre, l’auteur propose une nouvelle histoire de Gengis Khan et de l’empire mongol du xiie au xve siècle. Dans l’introduction est présenté le cadre physique et naturel de la « Mongolie » historique, composé d’un grand plateau, au climat continental sec avec de grandes amplitudes de températures, avec une végétation de taïga, de steppe et de désert. Ce milieu de vie difficile a cependant donné naissance à des empires à la durée de vie plus ou moins longue. C’est lors de bouleversements sociaux dans le monde de la steppe qu’a émergé Temüjin, fils d’un chef mongol en ascension.
S’appuyant sur les sources narratives mongoles (Histoire secrète des Mongols, après 1241) et persanes bien informées (Jowjânî, 1193-ap. 1266, Jovaynî, 1226-1283, et Rashîduddîn, v. 1247-1318), l’auteur retrace d’abord la carrière de Temüjin puis de Gengis Khan (1162-1227). Son père ayant été tué, son fils connu des vicissitudes dont il s’est toujours relevé. Jeune, il devint chef d’une bande de guerriers assoiffés de butin, alors que son but était d’abord de se venger des affronts que sa famille et lui avaient reçus. Pour cela, il renouvela l’amitié jurée de son père avec le puissant souverain de la tribu mongole des Kereyit Toghril Qan. Avec son aide et celle de son « frère juré », Jamuqa, de la tribu des Mongols propres, mais aussi contre ce dernier, Temüjin put s’affirmer chef de la tribu des Mongols propres. Ensuite, et finalement contre Toghril Qan, il réussit à devenir le souverain du peuple mongol : ainsi en 1206, il devint Gengis Khan.
S’il avait lavé les injures reçues par sa famille, il allait alors venger celles reçues par les anciens souverains mongols, les Jin de Chine du Nord ; cependant Gengis Khan ne put conquérir entièrement l’empire Jin, qui régnait sur un monde sédentaire avec une vieille civilisation ; la guerre continuerait jusqu’à sa mort. D’autre part, il était entré en contact à l’ouest avec le sultan du Khwarezm Muhammad II, notamment par des marchands musulmans attirés par sa cour naissante. L’arrestation et le meurtre d’une ambassade lui donna l’occasion d’une grande campagne à l’ouest, après s’être défait de l’empire Qara Khitai dans le grand Turkestan. Un corps de troupe alla jusqu’en Crimée et défit les princes russes à la Kalka en 1223. La dernière grande campagne de Gengis Khan le mena contre les Tangoutes, qui ne lui avaient pas envoyé les renforts dus. C’est au cours de cette campagne très meurtrière que Gengis Khan trouva la mort. Remarquons que l’auteur passe rapidement sur le lieu de la sépulture de l’empereur mongol qui fait couler beaucoup d’argent et d’encre aujourd’hui : en effet, selon les chroniqueurs contemporains l’endroit précis a été perdu assez tôt, car on foulait le sol afin d’effacer toute trace et la végétation rendit rapidement l’endroit méconnaissable.
La seconde partie de l’ouvrage est plus synthétique. L’auteur présente l’héritage de Gengis Khan, nomade des steppes qui a compris tout l’avantage d’intégrer les acquis des peuples conquis. Si la loi (yasak), dont curieusement il n’a pas été conservé de texte, était mongole, l’administration, la fiscalité ont été établies à l’aide de Naimans (Mongols), de musulmans et de Chinois. Gengis Khan avait même pensé à fonder une capitale, Qaraqorum, signe de la mutation d’un empire nomade en empire sédentaire, même si les cours mongoles furent toujours itinérantes. Si les premiers successeurs de Gengis Khan furent de la lignée de son fils Ögödei, une révolution familiale établit ceux de son dernier fils Tolui avec Möngke (de 1251 à 1259). Gengis Khan avait dessiné l’idéologie d’une conquête mondiale, qui fut articulée par ses successeurs et qui fut menée tous azimuts, à l’est avec la conquête de la Chine Song, au sud avec des incursions en Inde, à l’ouest en Anatolie et en Europe orientale.
Cependant, avant sa mort, Gengis Khan avait divisé son empire en apanages entre ses quatre fils, avec d’autres divisions sous Möngke : la Horde d’or à l’ouest (qui dura jusqu’au XVIe siècle), l’il-khanat d’Iran (de 1260 à 1335), le Chaghadai ou l’empire mongol du Milieu (qui disparut à la fin du XIVe siècle), la Chine Yuan (1260-1368), dont l’auteur retrace l’histoire politique et culturelle. Un dernier chapitre est consacré aux relations écrites par des envoyés religieux entre l’Europe et l’empire mongol.
Un ensemble de documents, dont certains inédits en français, permettent au lecteur de voir l’empire mongol à travers les yeux d’un représentant chinois Song en 1221, l’occupation de la Hongrie en 1242 par un prêtre italien fait prisonnier, le voyage en Mongolie en 1245-1248 par un compagnon de Jean de Plan Carpin.
C’est avec une plume alerte et enlevée que l’auteur emmène le lecteur dans la genèse et l’histoire du plus grand empire que l’Histoire ait connu et qui s’est désintégré au moment de son acculturation aux civilisations régionales, notamment en Iran et en Chine. »