Coupoles André VAUCHEZ : « Des femmes maîtres spirituels ! Une découverte aux derniers siècles du Moyen Âge »

André VAUCHEZ : « Des femmes maîtres      spirituels ! Une découverte aux derniers siècles du Moyen Âge »


L’opinion publique a tendance à croire que la plupart des découvertes sont dues à un heureux hasard : combien de villas romaines ou de trésors des princesses de l’âge du Bronze ont émergé, au cours des dernières décennies, à l’occasion de la construction d’un immeuble ou d’une autoroute ! Mais les scientifiques – qu’il s’agisse des sciences humaines ou des sciences dites exactes – savent bien que, le plus souvent, ce n’est pas ainsi que se sont produit les principales découvertes et que, de façon générale, on ne trouve que si l’on commence par chercher et par explorer des voies nouvelles.  Encore faut-il que le chercheur possède une connaissance approfondie du domaine qu’il s’efforce de renouveler, sans quoi ses hypothèses risquent de rester lettre morte ou de le conduire à des affirmations gratuites, voire farfelues. 

 En me plaçant dans cette perspective, je voudrais illustrer devant vous le processus en vertu duquel s’est opérée, aux derniers siècles du Moyen Âge, l’émergence de la parole féminine, qui était demeurée absente ou dévaluée au sein de l’Église et de la société occidentale. Dans le domaine de l’histoire religieuse et culturelle, on assiste rarement à des découvertes que l’on puisse dater à une année ou même à une décennie près. Il s’agit plutôt de mouvements de fond, qui se sont préparés dans la pénombre et ne sont sortis de l’obscurité qu’à la faveur d’une crise ou d’une série d’évènements ayant fait choc à un moment donné. C’est ce qui se produisit dans les années 1250-1330, quand certaines femmes commencèrent à s’exprimer publiquement sur des sujets réservés aux hommes et que des clercs s’aperçurent qu’elles pouvaient être de véritables maîtres spirituels et ouvrir de nouvelles voies à la connaissance de Dieu. 

La question de savoir si les filles d’Ève avaient une âme a été, bien à tort, attribuée aux clercs du Moyen Âge. Il est vrai toutefois que la femme n’était pas alors considérée comme l’égale de l’homme mais comme un être singulier, principalement à cause de son corps. Génératrice de vie et de ce fait respectable, elle était en même temps impure, elle dont le corps rejetait périodiquement des « humeurs mauvaises », pour parler comme les médecins de Molière. Même un esprit aussi ouvert et universel que Thomas d’Aquin considérait la femme, à la suite il est vrai d’Aristote et de la philosophie grecque, comme un être incomplet sur le plan physiologique et faible dans le domaine intellectuel. Aussi, exception faite de quelques grandes dames qui pouvaient avoir à exercer un certain pouvoir, en tant que veuves et mères d’enfants mineurs, ne jugeait-on pas utile, en général, de leur donner une instruction allant plus loin que l’apprentissage de la lecture et des savoirs pratiques utiles pour la vie quotidienne, en particulier dans le domaine thérapeutique. L’histoire a gardé le souvenir de quelques grandes personnalités féminines comme Héloïse, Hildegarde de Bingen et Aliénor d’Aquitaine au XIIe siècle, ou Blanche de Castille au XIIIe. Mais il est significatif que le dominicain Geoffroy de Beaulieu, auteur de la première Vie de Saint Louis, ait considéré celle-ci comme une femme exceptionnelle, dans la mesure où « elle apporta naturellement à son esprit et à son sexe un cœur d’homme ». La femme ne pouvait être admirable qu’en devenant virile. 

La véritable découverte du charisme féminin et de sa valeur authentique se produisit dans les années 1250-1330 environ. Quelques fortes individualités ont alors tenu un discours nouveau que la société de l’époque découvrit avec stupeur. Vers le milieu du XIIIe, le franciscain allemand Lamprecht de Ratisbonne s’en inquiétait déjà, lorsqu’il écrivait : 

 « Cet art s’est levé depuis hier / parmi les femmes de Brabant et Bavière. / Quel est donc cet art, Seigneur Dieu, / auquel vieille femme s’entend mieux qu’homme docte et savant ? » 

Mais l’inquiétude des clercs s’accentua surtout à la fin du siècle. Pour éclairer ce tournant décisif, j’ai choisi d’évoquer trois figures féminines particulièrement représentatives. 

La première s’appelle Guillemette (Gugliema). Elle passa les vingt ou trente années de sa vie active près de Milan et mourut en 1281. Nous ne la connaitrions guère sans les actes d’un procès d’inquisition qui se tint en 1300, au terme duquel ses restes, qui reposaient dans une chapelle de l’abbaye cistercienne de Chiaravalle Milanese, furent déterrés et brûlés publiquement, tandis que trois de ses principaux disciples furent condamnés à mort. Pourquoi cet acharnement contre une femme morte depuis près de vingt ans ? Le seul chroniqueur contemporain qui ait parlé de cette affaire, un dominicain résidant à Colmar mais qui avait vécu à Milan, la présente comme « une belle jeune fille originaire d’Angleterre qui parlait bien et disait qu’elle était le Saint-Esprit venu pour la rédemption de la femme, et elle baptisait les femmes au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Notons au passage que, pour ses disciples, Guillemette était venue non d’Angleterre mais de Bohême, et elle aurait été la fille d’un roi de ce pays. A leurs yeux, elle était l’incarnation du Saint-Esprit, envoyée par Dieu pour réformer l’Église en y faisant une large place aux femmes. Simple laïque, elle disposait cependant d’un oratoire dans un couvent où elle commentait publiquement les épîtres et les évangiles, une activité que les clercs s’étaient rigoureusement réservée au XIIIe siècle Selon certains témoins, celle qui lui avait succédé après sa mort à la tête de la secte, Maifreda da Pirovano, que ses disciples qualifiaient de « papesse », aurait même célébré l’eucharistie et institué des cardinaux… D’où l’anxiété qui s’empara du clergé en pressentant le rôle que certaines femmes pourraient revendiquer dans l’Église, au point de prétendre accéder à l’autorité suprême, si l’on croit les récits relatifs à la papesse Jeanne qui apparurent à partir des années 1250/70 dans les chroniques ecclésiastiques. A l’inverse, le témoignage évangélique de ces femmes pouvait paraître d’autant plus crédible qu’elles étaient dépourvues de pouvoir et de savoir. De ce fait, n’étaient-elles pas plus ouvertes que les hommes à l’influence de l’Esprit et porteuses d’un espoir de salut ?  Un certain nombre de laïcs et de clercs ont pu en tout cas considérer « sainte » Guillemette comme l’incarnation du Saint-Esprit et vénérer ses reliques, auxquelles on attribuait de nombreux miracles, jusqu’à ce que l’Inquisition vienne y mettre bon ordre. 

Cette étrange histoire n’aurait guère qu’un intérêt anecdotique si elle ne trouvait pas de répondants, à la même époque, dans d’autres parties de la chrétienté. Une figure particulièrement intéressante à cet égard est celle d’Angèle de Foligno. Elle vécut entre 1248 et 1309 en Ombrie – région profondément marquée par l’influence franciscaine et qui connaissait alors une vive effervescence religieuse. Le peu que l’on sait d’elle provient de quelques passages du livre dans lequel elle évoque son itinéraire spirituel. Par sa famille, elle appartenait à la bourgeoisie de Foligno, qui était un centre commercial actif  ; mariée jeune selon l’usage de l’époque, elle eut plusieurs enfants et vécut dans le confort et l’aisance. Mais, dans les années 1285-90, elle perdit tous les membres de sa famille et se retrouva seule dans l’existence. A la suite de ces deuils, elle distribua ses biens aux pauvres et, renonçant à la vie mondaine qu’elle avait menée jusque-là, elle entra dans le Tiers-Ordre franciscain en tant que pénitente laïque. A l’occasion d’un pèlerinage à Assise en 1291, elle fut gratifiée en chemin d’une extase mystique ; Comme elle l’a raconté, elle entendit une voix lui dire : « Je suis le Saint-Esprit venu jusqu’à toi pour te donner une consolation que tu n’as jamais éprouvée ».  Dès lors, Angèle commença à recueillir ses expériences spirituelles et à les dicter à un franciscain, peut-être son parent, qui enregistra ses propos et les traduisit en latin. De cette « rencontre entre une plume sans voix et une voix sans plume », selon l’heureuse formule de Pascale Bourgain, naquit un ouvrage qu’elle désigne comme « le Livre » (Liber). Sa première partie – intitulée Mémorial – constitue un des plus importants traités de vie mystique qui ait été écrit au Moyen Âge.  

Le « Livre » d’Angèle n’est pas le premier à décrire les étapes suivies par l’âme au long de sa montée vers Dieu. Mais, à la différence des auteurs qui l’avaient précédée sur cette voie, la mystique de Foligno affirme avoir été transportée en extase « au-dessus des régions qu’habitait saint François » et avoir vu la Passion du Christ comme une lumière de gloire, au-delà de toute douleur humaine : « Cette gloire était possible à une femme et je l’ai vue » n’hésite-t-elle pas à dire à ce propos.  « Miroir sans tache de la majesté divine » aux yeux de ses admirateurs, Angèle se présente dans son Livre comme la prophétesse d’une Église à venir.

Ce rôle lui fut reconnu solennellement par certains religieux, comme Ubertin de Casale, un des principaux leaders des franciscains dits spirituels et une figure aujourd’hui bien connue grâce à Umberto Eco, qui lui a donné une place de choix dans Le nom de la Rose. Son grand traité intitulé l’Arbor vitae crucifixae Iesu, composé en 1305, s’ouvre par une évocation de la « très sainte Angèle », qu’il avait rencontrée en 1284 ou 85 et qu’il présente comme la « vénérable épouse du Christ »   en lui attribuant le mérite de l’avoir introduit à une meilleure compréhension des exigences de sa vocation. Quelques années plus tard, un frère mineur anonyme de la même tendance ajouta au Liber d’Angèle une péroraison pleine d’admiration et d’enthousiasme pour la mystique de Foligno, en l’opposant aux religieux qui croyaient trouver Dieu à travers les études et les raisonnements scolastiques sans en avoir une expérience directe : 

« Sachez qu’Angèle est maîtresse de vie selon Dieu et qu’elle s’est consacrée à ses œuvres… Souvenez-vous que les Apôtres, qui dans un premier temps avaient prêché un Christ souffrant, apprirent par une femme (il s’agit bien sûr de Marie-Madeleine) la nouvelle de sa Résurrection…Il n’était donc pas contraire aux desseins de la Providence que, pour démasquer l’insolente prétention des hommes, Dieu ait fait enseignante une femme qui, à ma connaissance, n’a pas son semblable sur cette terre ». Pourtant, après la mort d’Angèle en 1309, aucune trace de culte ne se développa autour de sa tombe à Foligno et son Liber fut enfoui sous bonne garde dans les archives du Sacro Convento d’Assise.

Marguerite Porète, par bien des traits, ressemble à Angèle, bien qu’elles ne se soient pas influencées mutuellement. Comme elle, nous ne la connaissons guère qu’à travers son Livre intitulé le Miroir des simples âmes anéanties (en Dieu). Cet ouvrage mystique a été rédigé en langue vulgaire, le picard alors parlé dans toute la France du Nord et l’actuelle Belgique francophone, ce qui atteste chez elle un désir de diffuser son message et d’être considérée comme un auteur, au sens fort du terme. Née à Valenciennes ou dans les environs vers 1260, elle appartint à un groupe de béguines, ces femmes laïques qui menaient une vie partagée entre le travail et la prière dans le cadre de communautés ferventes. Son livre circula dans les milieux dévots du Hainaut pendant les premières années du XIVe siècle, mais fut condamné en 1306 par l’évêque de Cambrai et brûlé en place publique à Valenciennes. Il ne s’agit cependant pas d’un ouvrage hérétique, de l’avis de quelques théologiens parisiens qui l’approuvèrent, tout en soulignant qu’il ne devait pas être mis entre toutes les mains en raison de sa « subtilité ». Mais, sur les instances du roi de France Philippe le Bel, l’Inquisition s’empara de l’affaire et ne trouva pas moins de quinze erreurs dans le Miroir, ce qui lui permit de le condamner. Parallèlement au procès intenté au livre se déroula celui de son auteur. Marguerite Porète aggrava son cas en refusant de prêter serment et de répondre aux questions de ses juges. Elle fut donc condamnée en tant qu’hérétique et brûlée vive le Ier juin 1309 en place de Grève, dans le cadre d’une manifestation orchestrée par Philippe le Bel, désireux de mettre en évidence son rôle de défenseur de l’orthodoxie, comme il le fit dans les mêmes années dans l’affaire des Templiers. 

Que reprochaient ses juges à Marguerite ? D’abord d’avoir fait de la théologie sans y être habilitée par l’Église et d’avoir abordé en langue vulgaire des questions délicates et complexes, qui ne pouvaient être traitées qu’en latin et par des maîtres ayant tous les titres requis. De fait, le Miroir se présente comme un traité de mystique spéculative, très original dans la mesure où il recourt au langage courtois pour décrire les étapes de l’expérience mystique. Le texte, écrit dans une prose rimée et rythmée et destiné sans doute à être lu à haute voix,  relate l’expérience de l’amour divin faite par Marguerite . Au cours des deux dernières étapes de  son ascension, l’âme illuminée par l’Esprit-Saint et désormais libérée du péché, peut s’élever au-dessus des pratiques religieuses et des vertus, Pareille  affirmation venait à l’encontre de tout l’encadrement pastoral de ce temps, fondé sur la dénonciation des péchés, l’obligation de la confession annuelle et l’apprentissage de la vie vertueuse. On lui reprocha aussi d’avoir affirmé que l’âme absorbée en Dieu est déifiée et qu’entre Dieu et sa créature se réalisait alors une véritable unité ontologique dans l’amour. Pour illustrer ce propos peut-être un peu abstrait, je ne résiste pas au plaisir de vous lire quelques lignes du Miroir des simples âmes de Marguerite Porète, transposées en français moderne : 

« La lumière divine m’a sortie de prison  : 

Sa noblesse m’a unie au divin vouloir d’Amour, 

Là où la Trinité me donne les délices de son amour. 

Ce don, nul homme ne le connaît, 

Aussi longtemps qu’il sert l’une ou l’autre Vertu, 

Qu’il sent par la Nature ou s’exerce en Raison … 

Divin amour me dit qu’il est entré en moi, 

Si bien qu’il peut tout ce qu’il veut  : 

La force qu’il m’a donnée  

Elle est du Bien-aimé que je tiens en amour. »

  

Ainsi, à partir de ces trois exemples qu’on pourrait multiplier, on mesure l’ampleur de la découverte surprenante et dérangeante que fit la chrétienté, autour de 1300, selon laquelle certaines femmes pouvaient être considérées comme de véritables maîtres spirituels. Face à cette situation nouvelle, l’Eglise réagit brutalement à partir du pontificat de Boniface VIII (1294-1303)  : en 1300,nous l’avons vu, les restes de Guillemette furent exhumés et brûlés par l’Inquisition à Milan ; en 1309, Marguerite Porète et son Miroir subirent le même sort à Paris. Enfin , en 1311, le concile de Vienne, réuni par le pape Clément V, condamna, par le décret Cum de quibus mulieribus, « certaines femmes communément appelées béguines…qui ,comme poussées par un égarement de l’esprit, disputent et dissertent sur la sainte Trinité et sur l’essence divine, et répandent au sujet de la foi des opinions contraires à la religion catholique ».  Par la suite, ces réactions violentes s’atténuèrent et l’idée que la femme pouvait être porteuse d’une vérité et d’un message authentique dans le domaine spirituel commença à faire son chemin. Au XVe siècle, l’Église allait proclamer saintes deux femmes, dont les écrits n’étaient pas moins percutants que ceux d’Angèle et Marguerite, en la personne de Brigitte de Suède (†1373), et de d’un rejet Catherine de Sienne (†1380), canonisées respectivement en 1417 et 1461. En 1970, le pape Paul VI fera de cette dernière le premier docteur de l’Eglise de sexe féminin, en même temps que Thérèse d’Avila, et en 1991, Jean-Paul II nommera Brigitte patronne de l’Europe.    

Le plus souvent, la découverte d’une réalité nouvelle suscite d’emblée une réaction de rejet de la part de la société ambiante, surtout dans le domaine des idées et des croyances. Galilée devait en faire les frais deux siècles plus tard lorsqu’il affirma que c’était bien la terre qui tournait autour du soleil, et non l’inverse. La vérité inouïe dérange en effet l’ordre établi et les situations acquises, avant qu’on ne finisse par lui faire sa place après en avoir reconnu la validité. Mais, pour l’historien, il y a une notion peut-être encore plus intéressante dans ce domaine : c’est celle de redécouverte. Il s’agit là d’un processus  complexe à travers lequel une personne ou un ouvrage, qui avaient fait l’objet dans un premier temps d’un rejet ou même d’une condamnation, ont survécu dans l’ombre et  ont resurgi quelques siècles plus tard de façon inattendue, à la faveur d’un nouveau contexte culturel ou religieux : au XVIe siècle , Le Liber d’Angèle de Foligno sera un des livres de chevet des Capucins et l’une des principales sources d’inspiration de leur réforme du mouvement franciscain dans un sens mystique  ; traduit en français par Ernest Hello en 1873, il a influencé au XXe siècle des personnalités aussi différentes, que Georges Bernanos, Pierre Teilhard de Chardin  ou Georges Bataille , et, à peine élu en 2013, le pape François  accorda à Angèle  les honneurs de la canonisation .De même, à  l’époque moderne, Le Miroir des simples âmes  de Marguerite Porète, traduit en latin et dans toutes les grandes  langues européennes entre le XVe et le XVIe siècle,  circula , pour donner le change, sous le nom de Ste Marguerite de Hongrie (†1270) , une princesse  qui avait bien existé mais n’a laissé aucun écrit ; à l’époque moderne, il alimentera la piété de nombreuses religieuses dans les couvents et certaines des affirmations hardies qui y figurent seront reprises et développés dans la mystique espagnole du Siècle d’or. Enfin, pour ce qui est des rapports entre la femme et le sacré, il a fallu attendre jusqu’à notre époque pour que la douloureuse expérience faites dans les années 1300 par les personnages précurseurs que j’ai essayé de vous présenter soit finalement prise en compte par l’historiographie, et que, « la cause des femmes » ayant fini par prévaloir dans la société occidentale, leur parole y obtienne finalement la place qui lui avait été longtemps refusée. Mais, nous le savons bien, il faut souvent du temps pour qu’une découverte s’impose, si importante soit-elle, et qu’elle devienne pour tous une évidence.