Fouilles archéologiques Mission archéologique de Caričin Grad (Serbie)

 

 

Présentation

 

La mission de Caričin Grad en Serbie est le fruit d’une longue et fructueuse collaboration franco-serbe initiée en 1978 entre l’Institut archéologique de Belgrade et l’École française de Rome qui a pu se poursuivre après les troubles politiques touchant l’ex-Yougoslavie (1991-1996) grâce au soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Chaque année, une campagne de fouille se déroule en été, à laquelle participent des archéologues et des étudiants français et serbes, épaulés ponctuellement par des spécialistes autrichiens et italiens. Les principaux résultats des fouilles archéologiques sont publiés dans les livraisons successives du volume 75 de la Collection de l’École française de Rome. Depuis 2022, cette mission a été intégrée dans un nouveau programme de recherches portant sur l’étude du paysage religieux des villes balkaniques et de leurs abords durant la période byzantine. Soutenu par l’École française de Rome dans le cadre de son projet quinquennal 2022-26, il a été mis en place sous la direction de Vujadin Ivanišević (Institut archéologique de Belgrade/Académie serbe des Sciences) et de Catherine Vanderheyde (Université de Strasbourg/UMR-7044 Archimède) pour la partie française. 

Le site byzantin de Caričin Grad est localisé dans le Sud de la Serbie, à une cinquantaine de kilomètres de Niš. D’après les données textuelles, il doit très probablement être identifié à Justiniana Prima, la ville fondée par l’empereur Justinien Iᵉʳ (527-565) près du lieu de sa naissance. Ce site dont la superficie avoisine les 9 hectares est structuré par des remparts et comprend trois parties : l’Acropole, la Ville Haute et la Ville Basse. Fondée ex-nihilo vers 535, cette cité, siège d’un archevêché à la juridiction étendue, a souffert des invasions avaro-slaves dès la fin du VIe siècle et a été abandonnée durant la première moitié du VIIe siècle. Hormis quelques réoccupations ponctuelles durant la période médiévale, aucune construction ultérieure n’y a pris place, laissant intacte l’emprunte de ses vestiges dans un paysage dont la beauté naturelle est préservée. 

 

Les recherches archéologiques ont permis de restituer l’histoire des bâtiments situés intra-muros, tandis qu’une grande partie des objets exhumés ont été publiés. Depuis une dizaine d’années, l’utilisation du LIDAR, de même que les prospections géophysiques et géomagnétiques ont permis de grandes avancées dans l’exploration du territoire de la ville, comme en témoignent notamment le repérage du tracé de l’aqueduc de la ville sur une distance de 20 km et l’identification de bâtiments intra et extra-muros dont les vestiges sont encore enfouis sous terre. Par ailleurs, les restitutions 3D élaborées par l’architecte serbe Vladan Zdraković rendent accessibles à un large public l’aspect grandiose de cette ville impériale et de ses monuments. Enfin, l’étude de la faune, des macrorestes végétaux, de même que la palynologie et les carottages dans les lacs voisins, ont livré nombre de précieuses informations sur la vie quotidienne des habitants et leur environnement. 

 

Depuis 2019, les recherches se sont concentrées dans la Ville Basse de Caričin Grad, à l’Est de la rue principale, à l’endroit où la prospection géoradar de 2015 avait révélé les structures d’un vaste édifice de plan tétraconque. Les fouilles menées depuis lors dans ce secteur renouvellent nos connaissances sur l’histoire de ce site, puisqu’elles ont mis au jour des objets et des vestiges qui attestent une réoccupation de cet édifice religieux dès la fin du VIe ainsi qu’au XIIe-XIIIe siècles. 

 

 

Dans les prochaines années, les travaux se concentreront, d’une part, sur l’examen des phases de réoccupation de l’édifice tétraconque et la fonction des espaces exploités durant ces périodes, et, d’autre part sur la mise en valeur de ce bâtiment dans l’urbanisme de la ville en explorant particulièrement la place semi-circulaire située devant son entrée ouest, qui interrompt le tracé de la rue principale menant à l’Acropole. Parallèlement, nous envisageons de développer, dans une perspective comparatiste avec d’autres sites tardo-antiques des espaces balkaniques et méditerranéens, un programme de recherches sur la gestion de l’eau dans la ville en étudiant l’aqueduc, les citernes, le château d’eau, ainsi que le système de canalisations utilisé pour approvisionner le baptistère de la cathédrale, les thermes, les fontaines et les latrines. 

Catherine Vanderheyde

 

Maître de conférences HdR à l’Université de Strasbourg et chargée de cours à l’Université libre de Bruxelles

 

Page personnelle : https://www.efrome.it/les-personnes/membres-et-personnel scientifique/personne/catherine-vanderheyde

 

Adresse mail : caroline.robion@univ-tlse2.fr

Choix d’articles : 

 

Légendes des figures : 

 

  • Figure 1 : Vue de l’ensemble du site prise par drone en 2019 ;
  • Figure 2 : Détail de la mosaïque du narthex de la basilique à transept ;
  • Figure 3 : Trésor monétaire découvert en 2015 ;
  • Figure 4 : Orthophotographie de l’édifice tétraconque au terme de la campagne de fouille de 2023 ;
  • Figure 5 : Ivoire. Le Christ guérissant la femme hémorroisse ;
  • Figure 6 : Chapiteau ionique à imposte de la basilique à crypte.