Membre 2026
Née à Blackburn au Royaume-Uni, le 11 mars 1934, Patricia EASTERLING, qui avait été élue associé étranger de l’Académie, le 8 février 2013, au fauteuil de Jean BINGEN, est décédée à Londres, le 18 août 2026, à l’âge de 92 ans.
Patricia EASTERLING était une helléniste renommée pour ses travaux sur la tragédie antique, l’étude codicologique et paléographique des manuscrits grecs ainsi que leur histoire, enfin la lexicographie grecque. C’était l’une des meilleures spécialistes de l’oeuvre de Sophocle, dont elle procura une remarquable édition critique des Trachiniennes (1982) ; elle effectua également des études décisives sur OEdipe à Colone. Après avoir enseigné au Newnham College de l’Université de Cambridge, elle professa à l’University College London, de 1987 à 1994, puis fut, jusqu’en 2001, Regius Professor de grec à l’Université de Cambridge. Elle cofonda et dirigea durant de nombreuses années la célèbre collection de référence des Cambridge Greek and Latin Classics. Elle édita également des ouvrages fondamentaux comme la Cambridge History of Greek Literature et The Cambridge Companion to Greek Tragedy, et elle présida, de 1998 à 2009, le comité d’organisation du monumental Cambridge Greek Lexicon, publié en 2021. Elle était docteur honoris causa des Universités d’Athènes, de Bristol, de Londres (Royal Holloway), d’Uppsala (Suède) et de Ioannina (Grèce).
Né à Paris, le 29 septembre 1924, Bernard POTTIER, qui avait été élu membre de l’Académie, le 30 mai 1997, au fauteuil de Bernard FRANCK, est décédé à Saint-Gély-du-Fesc, le 12 août 2026, à l’âge de 101 ans.
Linguiste de réputation internationale aux champs de compétence multiples, et notamment l’un des plus grands spécialistes de linguistique générale et de sémantique, le regretté Bernard POTTIER était également un hispaniste et un romanisant de haute renommée et, ce qui est plus rare, l’un des meilleurs connaisseurs français des langues amérindiennes – et notamment du quechua et du guarani. Élève diplômé de l’École pratique des Hautes Études (IVe section), agrégé d’espagnol, docteur ès lettres, Bernard POTTIER professa aux Universités de Strasbourg, puis de Paris X-Nanterre, de Paris III, enfin à la Sorbonne. Il fonda et dirigea, entre 1972 et 1985, le Centre d’Ethnolinguistique amérindienne du CNRS tout en assumant la charge de directeur scientifique pour les sciences humaines au CNRS jusqu’en 1976.
Ne pouvant mentionner ici l’ensemble de ses contributions scientifique et de ses livres, dont la liste est fort longue, citons quelques-uns de ses ouvrages majeurs : Linguistique générale. Théorie et description (1974), Théorie et analyse en linguistique (1987), son maître-ouvrage Sémantique générale (1992), dans lequel se trouve synthétisée sa pensée sur les universaux conceptuels, ou bien encore Représentations mentales et catégorisations linguistiques (2000). Bernard POTTIER fonda également, en 1976, la revue Amerindia, qui demeure la seule revue scientifique européenne exclusivement consacrée à la linguistique des langues originaires d’Amérique. Docteur honoris causa des Universités de Heidelberg, Madrid, Maracaibo (Venezuela) et Saragosse, il était Grand-Croix de l’Ordre civil d’Alphonse X le sage (Espagne).
Né à Mesterrieux (Gironde), le 30 août 1936, Yves-Marie BERCÉ, qui avait été élu membre de l’Académie, le 30 novembre 2007, au fauteuil de Pierre AMANDRY, est décédé à Paris, le 30 juin 2026, à l’âge de 89 ans.
Historien réputé de la France et de l’Italie des XVIe-XIXe siècles, spécialiste de l’histoire des institutions et des cultures politiques de l’époque moderne, Yves-Marie BERCÉ s’était consacré d’une façon très nouvelle à l’étude des mentalités et des comportements sociaux, en particulier dans le cadre des révoltes paysannes ; il avait également consacré d’importants travaux à l’histoire des maladies et de leurs représentations. Archiviste paléographe, ancien élève de l’École française de Rome et docteur ès-lettres, il professa, après avoir exercé les fonctions de conservateur aux Archives nationales, l’histoire moderne de la France aux Universités de Limoges, puis de Reims et à la Sorbonne – dont il était professeur émérite. Enfin, il assuma, durant deux mandats consécutifs, de 1993 à 2001, la charge de directeur de l’École nationale des Chartes. Fort généreux de son temps, il représentait l’Académie au sein du collège des conservateurs du domaine de Chantilly et dans plusieurs commissions collaborant à l’administration de l’Institut. À l’Académie, il dirigeait la collection de l’Histoire littéraire de la France, l’une des plus anciennes entreprises éditoriales françaises, lancée au XVIIIe siècle par les célèbres Mauristes, et il présidait également la commission des ordonnances des rois de France relancée à son initiative et associant l’AIBL à l’Académie des Sciences morales et politiques. De son oeuvre abondante, on se bornera à citer quelques-uns de ses ouvrages les plus marquants : sa thèse d’État Histoire des Croquants (1974), plusieurs fois rééditée, Fête et révolte. Des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle (1976), Le chaudron et la lancette. Croyances populaires et médecine préventive (1984), Le roi caché. Sauveurs et imposteurs, mythes politiques populaires dans l’Europe moderne (1990), La naissance dramatique de l’absolutisme (1598-1661) (1992) ou bien encore Lorette aux XVIe et XVIIe siècles. Histoire du plus grand pèlerinage des Temps modernes (2011).
Né à Saint-Didier-sur-Chalaronne, dans l’Ain le 11 juin 1933, l’islamologue Daniel GIMARET, qui avait été élu membre de l’Académie le 30 juin 1995, au fauteuil de Jean HUBERT, est décédé à Ville (Oise), le 8 février 2026, à l’âge de 92 ans.
Normalien, agrégé de lettres classiques et docteur ès-lettres, Daniel GIMARET accomplit l’essentiel de sa carrière au sein de la Ve section de l’École pratique des Hautes Études, où il occupa, de 1973 à 1998, la direction d’études d’« Islamisme et religions de l’Arabie », à la tête de laquelle s’illustrèrent avant lui Louis Massignon et Henri Corbin, et dont l’intitulé fut modifié en 1980, à sa demande, en celui de « Théologie musulmane ». Président de la Société asiatique après avoir été rédacteur gérant du Journal asiatique de 1970 à 1993, il fut également durant cette période secrétaire scientifique de la section des langues et civilisations orientales du comité national du CNRS et siégea à la section des sciences religieuses. Il avait fondé le Bulletin critique des Annales islamologiques en 1983, et en assurait la direction. Il laisse derrière lui une œuvre importante qui comporte plusieurs ouvrages magistraux : Théories de l’acte humain en théologie musulmane, issu de sa thèse de doctorat d’État (1980), Dieu à l’image de l’homme (1997), ainsi que de nombreuses éditions critiques, souvent princeps, comme la toute dernière, celle de la Taḏkira fī aḥkām al-ǧawāhir wa-l-acrāḍ qui occupa ses dernières années d’activité scientifique et qui parut en 2009. Ses intérêts couvraient aussi bien la pensée muctazilite que celle du théologien arabe al-Ashc arī (873-935), dont il fit, dans La doctrine d’al-Ashc arī (1990), un exposé qui constitue une référence.