Séances Séance du 1er Avril 2022

– Communication de M. Nicolas Carrier, professeur à l’Université de Lyon III, sous le patronage de M. Dominique BARTHELEMY : « Les trois âges de la servitude autour du prieuré de Romainmôtier (Xe-XVIe s.) »

 

Résumé

Issu d’une ancienne fondation des Pères du Jura, le monastère de Romainmôtier connaît un nouvel essor lorsqu’il devient un prieuré clunisien à la fin du Xe siècle. Lui-même à la tête d’un réseau monastique d’importance régionale, il se constitue aux XIe et XIIe siècles un considérable patrimoine foncier, situé en Suisse romande, dans l’actuel canton de Vaud, ainsi que dans la partie aujourd’hui française du Jura. Les moines clunisiens nous ont laissé des sources d’une richesse considérable.

Elles permettent d’éclairer le processus d’institution du servage au Xe siècle, puis les transformations successives qu’il a subies jusqu’à son abolition à la fin du XVIe. Au-delà d’une analyse purement descriptive des conditions de vie des serfs, elles permettent surtout de mettre au jour les mécanismes de transformation de la servitude : ce que les historiens ont accoutumé d’appeler les « nouveaux servages ». Les religieux visent d’abord à établir sur leurs dépendants une juridiction exclusive ; le servage, dans cette première étape de son existence (Xe-XIIIe s.), est dirigé contre les seigneurs voisins plutôt que contre leurs paysans eux-mêmes.

Au XIIIe siècle, maint seigneurs vaudois parviennent à imposer à leurs serfs la taille à merci, redevance arbitraire qui fait bientôt figure de charge servile par excellence. Les serfs qui y échappent ou en sont affranchis sont dorénavant appelés « hommes libres » : c’est alors le cas de la plus grande partie de ceux de Romainmôtier. Mais à la fin du Moyen Âge, dans le contexte nouveau des grandes mortalités, c’est la mainmorte, cette incapacité à transmettre ses biens en ligne collatérale, qui devient le principal enjeu des relations entre seigneurs et paysans et se charge d’une « macule » servile. Les hommes de Romainmôtier doivent s’en faire libérer afin de ne pas retomber dans la servitude.