Séances Vendredi 2 octobre 2026
– Note d’information de M. Jean-François Cottier, sous le patronage de M. Pierre LAURENS et de Mme Nicole BÉRIOU : « Érasme en toutes lettres : présentation des Opera omnia d’Amsterdam. »
Résumé
La publication, en 2026, de l’édition critique des Paraphrases sur Matthieu et Marc d’Érasme (1469-1536) m’offre l’occasion de présenter les méthodes et les enjeux de l’édition contemporaine de ses Opera omnia, dont 60 volumes sont déjà parus. Cette entreprise succède aux éditions complètes de Bâle, dirigée en 1540 par Beatus Rhenanus, puis de Leyde, préparée en 1703-1706 par le théologien protestant Jean Le Clerc. Ces deux éditions reproduisaient le dernier état des œuvres, sans véritable apparat critique et avec peu de commentaires.
La troisième édition des Œuvres complètes d’Érasme fut lancée dans les années 1960 sous l’égide de l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences, établie à Amsterdam (d’où l’abréviation ASD pour la désigner), et coordonnée par l’Institut Huygens de La Haye. Cette entreprise internationale réunit une trentaine de spécialistes des disciplines pratiquées par Érasme. Publiée successivement par North-Holland, Elsevier, puis Brill, elle reprend le plan prévu par Érasme, qui classait son œuvre en neuf catégories (ordines), mais exclut la correspondance, fort bien éditée par Percy et Helen Allen et Heathcote Garrod au début du XXe siècle.
L’édition d’Amsterdam conjugue les exigences d’une édition historico-critique et celles d’une édition savante. Chaque texte est établi par la collation de sa première impression avec les manuscrits autographes conservés et les éditions autorisées par Érasme. Pour les œuvres constamment remaniées, notamment les Adages, les Annotations ou les Paraphrases sur le Nouveau Testament, c’est toutefois la dernière édition qui sert de base. Variantes et corrections figurent dans l’apparat critique ; la ponctuation est modernisée, tandis que les usages érasmiens sont préservés.
Chaque volume propose une introduction sur la genèse, le contexte et la transmission de l’œuvre, ainsi qu’un commentaire éclairant sources, allusions et difficultés textuelles. Réalisation philologique majeure, ASD appelle désormais une édition numérique reliant textes, variantes, commentaires et éditions anciennes, et renouvelant l’étude du vocabulaire, du style, des réseaux et de la circulation des savoirs à l’époque d’Érasme.
Mots-clés : Érasme ; humanisme ; Bible ; édition critique ; humanités numériques.
– Communication de MM. Nicolas Kyriakidis et Platon Pétridis, sous le patronage de Dominique MULLIEZ : « Ville et fortifications à Delphes : une interaction millénaire (IVe s. av. J.-C.-VIIe s. ap. J.-C.). »
Résumé
Dans le cadre du programme « Fortifications de Phocide et de Locride (Grèce) », soutenu par l’École française d’Athènes, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Agence nationale de la recherche, une exploration archéologique des fortifications de Delphes a été menée au cours de la dernière décennie. Celle-ci s’est notamment concrétisée par trois campagnes de fouille, effectuées entre 2017 et 2022, aux limites occidentales et orientales du site delphique. Les opérations de terrain et d’étude ont permis de renouveler profondément la question des différentes étapes de fortification du site. Il a ainsi été possible de proposer un nouveau plan pour chacune des deux grandes phases défensives (à la fin de l’époque classique, dans le contexte de la Troisième Guerre sacrée, puis durant l’Antiquité tardive). L’ampleur des ouvrages édifiés à cette dernière période (au moins deux programmes successifs, avec des traces de réfections) constitue une donnée entièrement nouvelle. L’emplacement d’un probable sanctuaire d’époque archaïque a par ailleurs pu être identifié.
Ces travaux ont également conduit à la découverte d’un quartier d’habitation de l’Antiquité tardive, jusqu’alors entièrement inconnu, qui modifie le plan de la cité dans ses dernières phases d’occupation et atteste de son dynamisme dans les décennies qui précèdent l’abandon du site au début du VIIe siècle ap. J.-C.
L’étude, menée sur la longue durée, des rapports entre la ville et ses fortifications aux limites du tissu urbain delphique permet ainsi d’écrire une histoire différente des relations entre la société locale et les impératifs défensifs, tout en apportant des conclusions inédites sur l’urbanisme de Delphes.
Mots-clés : Delphes, fortifications, urbanisme (Antiquité), sanctuaires (archaïque), Antiquité tardive.