Séances Vendredi 23 octobre 2026

– Note d’information de Mme Hermine Xhauflair, sous le patronage du Secrétaire perpétuel Nicolas GRIMAL : « Palawan au carrefour des mondes maritimes et forestiers : sociétés, environnements et échanges dans le Sud-Ouest des Philippines »

 

Résumé 

Située à l’extrême limite de la plaque continentale de la Sonde, entre Bornéo et les îles de la Wallacea, Palawan occupe une position singulière en Asie du Sud-Est insulaire. Carrefour floristique et zoologique, hotspot de biodiversité et réserve de biosphère de l’UNESCO, l’île a constitué aussi une voie majeure de circulation vers l’archipel philippin pour des populations venues du sud. Cette situation en fait un observatoire privilégié pour étudier conjointement l’histoire des peuplements, les interactions entre sociétés et environnements et les réseaux d’échanges régionaux. 

La Mission archéologique française à Palawan aux Philippines s’articule autour de deux questions : dans quelle mesure les sociétés humaines ont-elles contribué à façonner les paysages et la biodiversité que l’on cherche aujourd’hui à préserver ? Qui étaient les groupes ayant vécu dans le sud de l’île, d’où venaient-ils et quelles relations entretenaient-ils avec les populations d’autres régions ? 

La mission a d’abord repris les fouilles de Guri Cave, dans la région de Quezon, avant de mener des prospections vers Bataraza, région jusque-là très peu explorée archéologiquement. Plusieurs nouveaux sites y ont été identifiés, dont Tajawan 1, découvert en 2025 et fouillé pendant deux saisons. 

L’étude croisée des restes animaux et végétaux, coquillages, industries lithiques, céramiques et objets de parure permet de retracer l’évolution de la chasse, de la pêche, de la collecte des coquillages et d’usage des plantes, et d’interroger leur durabilité à l’échelle de plusieurs millénaires. Elle révèle également des mobilités et des réseaux d’échanges reliant Palawan à d’autres régions. Ces recherches invitent ainsi à considérer les paysages actuels non comme des espaces « vierges », mais comme le produit d’interactions anciennes et continues entre sociétés humaines et environnements. 

Mots-clés : Asie du Sud-Est ; Forêt tropicale ; Mer ; Échanges ; Conservation 

 


 

– Communication de M. Michel Vieillard-Baron,sous le patronage de M. Jean-Noël ROBERT : « Les Mémoires poétiques d’Ukyô no Daibu, dame d’honneur d’une impératrice du XIIe siècle. »

 

Résumé : 

 Les Mémoires poétiques d’Ukyô no Daibu dame d’honneur de l’impératrice Kenreimon-in, Kenreimon-in Ukyô no Daibu shû sont l’œuvre d’une femme qui vécut au Japon (à Kyôto) à la charnière des XIIe et XIIIe siècles. Ces Mémoires furent sans doute mis en forme et achevés vers 1233 par l’autrice elle-même. Ils comportent 259 poèmes (des waka ou quintains de 31 syllabes) et d’importants passages en prose qui en font un témoignage unique et bouleversant sur l’une des périodes les plus violentes et les plus sombres de l’histoire du Japon : la guerre civile qui opposa les guerriers Taira aux Minamoto et se solda par l’élimination presque complète, en 1185, des membres masculins de la famille Taira. Or, non seulement Ukyô no Daibu fut pendant cinq ans dame d’honneur de l’impératrice Kenreimon-in (1155-1213 ou 1223), la seule impératrice Taira de l’histoire du Japon (épouse de l’empereur Takakura), et le témoin privilégié des fastes de sa cour, mais elle aima passionnément un neveu de l’impératrice, Taira no Sukemori (1158-1185), homme de cour et guerrier qui se suicida lors de la bataille de Dan-no-Ura en 1185.  

Lors de notre communication nous nous efforcerons de replacer cette œuvre dans l’histoire de la littérature japonaise classique en soulignant ce qui en fait l’originalité. Nous nous attacherons d’autre part à définir quels étaient les objectifs d’Ukyô no Daibu en rédigeant ses Mémoires.