Société asiatique séances 2024

SOCIÉTÉ ASIATIQUE : séances organisées en 2024

Elles ont lieu les vendredis à l’Institut de France, Salle Pierre et Marie Curie située au 1er étage au fond de la galerie des bustes (après les portes coupe-feu) , 23 Quai Conti, 75006 Paris (exception faite de l’Assemblée générale).

Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIIIe s.) – © Société Asiatique

Séance du 13 décembre 2024

ORDRE DU JOUR

Communications :

Monsieur Pascal BOURDEAUX, Maître de conférences HDR, Religions de l’Asie du Sud-Est, EPHE-PSL Section des sciences religieuses, présente une communication intitulée :

Poétique et controverse religieuse dans le Sud Viêt Nam du début du XIXe siècle d’après l’œuvre épique Dương Từ Hà Mậu de Nguyễn Đình Chiểu.

La communication présente la traduction française d’une œuvre poétique connue quoique peu étudiée du célèbre auteur confucéen du Sud Viêt Nam du début du XIXe siècle, Nguyễn Đình Chiểu. Dans cette œuvre, l’auteur met en scène un bouddhiste, Dương Từ, et un chrétien, Hà Mậu, prêts à défier leur foi en se rendant ensemble dans les différents niveaux du ciel puis des enfers. Leur pérégrination dévoile leurs erreurs de jugement passées et confirme leur retour vers la voie des lettrés, la seule à pouvoir exprimer une fidélité inaltérable envers ses ancêtres et l’empereur, et à ériger, à travers cette loyauté, une société des hommes harmonieuse.

 

Monsieur Satyanad KICHENASSAMY, Professeur à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et Chargé de conférences à l’EPHE, présente une communication intitulée :

Introduction aux textes philosophiques du fonds Ariel de la Bibliothèque nationale de France

Lors de l’hommage que notre Société et la Bibliothèque nationale ont rendu le 5 décembre 2018 à l’indianiste Édouard Ariel (1818-1854), M. J. Petit a attiré l’attention sur l’exceptionnelle richesse de son legs de manuscrits. Le fonds Ariel ouvre des perspectives nouvelles, tant d’un point de vue philologique que codicologique, car ses quelque cinq cents manuscrits sont souvent des recueils dont la composition est significative. La section II du catalogue établi par J. Vinson fournit une liste très complète des ouvrages du système du Śaiva Siddhānta, dont très peu ont fait l’objet d’une édition critique. Elle est presque entièrement consacrée aux textes de l’école fondée par Meykaṇṭār au XIIIe siècle, les textes antérieurs qu’elle comprend appartenant tous à la ligne de pensée qui y conduisit. Ce Descartes indien, dont on décrira le cogito, propose une problématisation purement philosophique de questions abordées dans les textes dévotionnels et, au-delà, dans l’antique corpus dit « du Caṅkam », ce qui explique sa faveur et sa stabilité, jusqu’à nos jours. Jean Filliozat avait jeté les bases de l’édition des sources de ce système, dont de nombreux missionnaires comme Henry R. Hoisington (1801-1858), Karl Graul (1814-1864), George Uglow Pope (1820-1908) ou Hilko Wiardo Schomerus (1879-1945) avaient tenté la description. Si, en particulier grâce à M. P-S. Filliozat, nous comprenons bien mieux aujourd’hui la doctrine du système telle qu’elle est exposée dans les principaux textes d’orientation ritualiste, la doctrine des textes de l’école de Meykaṇṭār leur est dans une large mesure irréductible, par l’importance qu’elle accorde aux sources védiques, ainsi qu’à la maturation psychologique qui peut transformer la psyché indépendamment de tout sacrement. Le programme de Jean Filliozat conserve donc toute son actualité. On propose une introduction élémentaire à ce corpus foisonnant pour en faciliter l’abord.


Séance du 15 novembre 2024

ORDRE DU JOUR

Communications :

Madame Nele ZIEGLER, CNRS UMR 7192, Paris, présente une communication intitulée :

Mari, une capitale du 18e siècle av. J.-C.

Plusieurs milliers de textes retrouvés dans le palais occupé par les trois derniers rois de Mari (Tell Hariri, Syrie) donnent un aperçu très précis de la vie de cette capitale et de ses habitants durant les deux dernières décennies de son existence. Malgré la richesse des renseignements sur la vie politique, la société, l’économie, la culture et la vie cultuelle, les textes sont peu diserts sur la ville de Mari elle-même, ses institutions, ses quartiers et habitants. La communication souhaite malgré tout dresser le portrait d’une des capitales majeures de l’Orient ancien grâce aux données textuelles.

 

Madame MAU Chuan-Hui, Professeur à l’Institute of History, National Tsing Hua University, CECMC, EHESS présente une communication intitulée :

Une histoire connectée : la sériciculture, les soins et l’environnement (Xe-XIXe siècles)

La sériciculture consiste à produire de la soie par le Bombyx mori, ce qui implique l’élevage de ces insectes et la culture des mûriers dont les feuilles servent à les nourrir. Le Bombyx mori est sujet à de multiples maladies. Leurs éleveurs devaient assurer des conditions adéquates dans la magnanerie pour obtenir de bons résultats. L’art d’élever les vers à soie atteint sa maturité sous les Song (960-1279).

Nous entendons par « histoire connectée » non seulement une « histoire globale » qui insiste sur la circulation et les connections entre les régions du monde, mais aussi une histoire interdisciplinaire. Nous examinerons comment ce savoir séricicole a circulé et évolué tant en Chine qu’en France et quelle influence cette activité a pu avoir sur les idées sanitaires et le concept de santé, ainsi que son impact sur l’environnement.


Séance du 31 mai 2024

ORDRE DU JOUR

Décès :

M. Michel FERLUS, spécialiste des langues de la péninsule indochinoise, décédé le 11 mars 2024

Nouveaux membres :

M. Saarthak SINGH, Maître de conférences en Histoire de l’art d’Asie du Sud à l’EFEO, présenté par M. et Mme FILLIOZAT.

Communications :

Monsieur Christopher I. BECKWITH, Distinguished professor of Central Eurasian Studies, Indiana University, présente une communication intitulée :

Toward A New Understanding Of Pre-Medieval Central Eurasia. The Spread of Scythian Language and Culture in East Asia and the formation of China

The appearance of a new city with the Scythian name *Aɣəmatāna (邯鄲 now read Hantan/Hándān) in 500/494 BCE in the northern Chinese zone is the first concrete evidence of Scythian speakers there. Loanwords in Chinese and other later-attested languages of the region, such as Koguryo, further attest the presence of Scythian speakers. The famous account of King Wu-ling of Chao/Zhào (趙武靈王) is explicit about Scythianization; it records the spread of Scythian customs and dress, and implicitly, the Scythian language. It is parallel to Herodotus’ account of the Scythianization of Media, though he is explicit about the Medes’ shift to the unifying Scythian language. Part of Chao was called Ta-hsia/Dàxià大夏 ‘Great Ḥarya [ɣa.rya]’, an epithet of the Scythian Empire attested in the Tso-chuan (Zuǒzhuàn) and in Ch’in shih huang ti’s ‘Lang yeh’/Lángyá 琅琊 Inscription (219 BCE). The name of the Ch’in capital (later, China’s first capital), Hsien-yang/Xiányáng咸陽, founded in 350 BCE, is a dialect form of *Aɣəmatāna recorded in aSogdian (“Middle Scythian”) text of 319 CE. The neighboring *Suŋlâ 匈奴 (Hsiung nu/Xiōngnú) language has also been shown to be a Scythian dialect close to Sogdian. This paper discusses the long continuity of the Scythian presence in East Asia and its role in the formation of China.

 

Monsieur Andrew Eric SHIMUNEK, Ph.D., Assistant professor, Woosong University, présente une communication intitulée :

Toward A New Understanding Of Pre-Medieval Central Eurasia. Reconstructing the 柔然Jou-jan (Rouran *Ñuñar) Avar Language of Ancient Mongolia and East Asia

The 柔然 Jou-jan (Rouran) Empire of Late Antiquity, centered in Mongolia, covered a vast territory from the Tarim Basin to the northern part of the Korean Peninsula, and competed with its southern neighbors and linguistic relatives the Taghbač (拓跋 T’o-pa/Tuoba/‘Tabγač’) for over two centuries. However, the Jou-jan language itself has remained a great mystery. This paper gives a linguistic analysis of the Jou-jan endonym, its corresponding pejorative Chinese exonym 蠕蠕 Juan-juan (Ruanruan), and other secondary forms, as well as systematic analyses of the early medieval Chinese phonetic transcriptions of Jou-jan language material in the 魏書Wei Shu and other sources, identifying functional morphology and lexical items cognate to Mongolic. I show that Jou-jan –*Ñuñar – is divergently related to Kitan (契丹 Ch’i-tan/Qidan/‘Khitan’), Taghbač, and other languages in the Serbi (鮮卑 Hsien-pei/Xianbei) branch of the Serbi-Mongolic languages. *Ñuñar is particularly closely related to the language of their southern political rivals, Taghbač – the language of the Tai (Dai) states (310-376) and the powerful 北魏 Northern Wei (386-ca. 550) – from which it is sometimes indistinguishable in the sources. The two languages – *Ñuñar Avar and Taghbač Serbi– are dialects of the Serbi-Avar (鮮卑烏桓 Hsien-pei–Wu-huan/Xianbei-Wuhuan) branch of the Serbi-Mongolic language family. This discovery reveals the remarkable ethnolinguistic continuity of Serbi-Mongolic-speaking peoples on the Mongolian Plateau from the time the Serbi replaced the East Scythian 匈奴 Hsiung-nu (Xiongnu) as the dominant power in Mongolia in the first-second century down to the present.


Séance du 26 avril 2024

ORDRE DU JOUR

Décès :

M. Michel ANGOT, décédé le 8 avril 2024

Démissions : 

MM. Denis HERMANN et Andréa PAGANINI

Nouveaux membres :

Mme Manel BELHADJ-ALI, docteure en littérature comparée (Sorbonne-Université), présentée par MM. Jean-Michel Mouton et Jean-Charles Ducène.

M. Alexis CABRIÉ, chargé de cours à l’Université de Sofia, présenté par Jean-Noël Robert et Roland Lardinois.

Mme Françoise CORNU, docteure en sciences physiques, spécialiste de philologie et épistémologie mathématique en Inde ancienne, présentée par MM. Ḥouben et Kichenassamy.

M. Guillaume GIROIR, enseignant à l’Université d’Orléans, spécialiste de l’exploration du territoire chinois, présenté par Mme Anna Caiozzo et M. Pierre Marsone.

M. Xavier LUFFIN, docteur en Philosophie et Lettres, spécialiste d’arabe, turc, littérature soudanaise, swahili et anatoli, présenté par Mme Selin Altunsoy et M. Jean-Charles Ducène.Mme Kunsang NAMGYAL LAMA, docteure en histoire de l’art de l’Inde, Népal, Tibet, présentée par Mmes Cristina Scherrer-Schaub et Mi-Sug No.

Mme Chuanhui MAU, docteure en Histoire de l’industrie de la soie en France et en Chine de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle, présentée par Mme Huiming Zhang et M. Pierre Marsone.

Communications :

Madame Constance ARMINJON, directrice d’études en Histoire intellectuelle du shi’isme contemporain à l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL), Membre de l’Union européenne des arabisants et islamisants, présente une communication intitulée :

Chemin vers une « théologie de la compréhension » : anthologie du théologien shi’ite iranien Mohammad Mojtahed Shabestarî

Depuis la fin des années 1980, plusieurs philosophes et théologiens sunnites et shi’ites, en Égypte et en Iran principalement, ont engagé une critique des fonctions et du contenu de la théologie musulmane. Parmi eux, le théologien iranien shi’ite Mohammad Mojtahed Shabestarî (1936-) se distingue à la fois par l’exhaustivité de sa critique et par l’ampleur de ses propositions pour fonder une nouvelle théologie en islam. À la lumière du poète Rûmi, il repense la dogmatique en appelant à une « quête sans repos ». Nous voudrions présenter un aperçu de son cheminement, sur lequel nous préparons une anthologie avec traduction et commentaires.

 

Monsieur Matthieu CHOCHOY, chercheur indépendant en histoire intellectuelle de l’orientalisme, présente une communication intitulée :

Barthélémy d’Herbelot bibliothécaire de l’Orient.

L’objet de cette intervention est d’éclairer la Bibliothèque orientale par deux autres écrits de Barthélémy d’Herbelot que sont le catalogue de la collection du Grand-Duc de Florence et celui des manuscrits orientaux de la bibliothèque du roi Louis XIV. Inscrits dans le cadre d’une histoire intellectuelle des études orientales en France, les résultats obtenus permettent de compléter le débat déjà riche sur les sources utilisées par l’orientaliste et sur les rapports entre le célèbre dictionnaire universel et le Kashf al zunun.


Séance du 15 mars 2024

ORDRE DU JOUR

Communications :

Monsieur Jean-Yves GRESSER, Ingénieur (Corps des Mines), Inventeur indépendant, membre du conseil d’administration du Stéréo-club français (SCF), membre de la Société de géographie, membre-fondateur de la Société française de terminologie, présente une communication intitulée :

Numérisation du legs photographique d’Alfred Foucher, images stéréoscopiques (3D)

En 2018, une série d’échange avec Isabelle Poujol (responsable de l’iconothèque de l’EFEO) m’a conduit à proposer, au nom du SCF, la numérisation du fonds de photographies (plaques de verre surtout) du grand orientaliste, déposé à l’EFEO par la Société Asiatique.  Bien que surtout intéressés par les images stéréoscopiques (visibles en relief) nous avons traité la presque totalité des images du fonds (environ 1200). Ce travail a duré quatre mois. Nous nous sommes ensuite concentrés sur le choix et la restauration numérique des vues en 3D (environ 600) avec l’aide de l’EFEO, pour aboutir à un diaporama de vues anaglyphiques de Chine, du Cambodge et du Vietnam (Tonkin, Annam, Cochinchine) prises entre 1920 et 1926. Ce diaporama a été produit par François Lagarde du SCF. Il dure environ 12 min.

Il reste, en 2024, à finaliser la correspondance détaillée entre voyages et missions d’Alfred Foucher et l’ensemble des vues numérisées remise à l’EFEO et à la Société Asiatique. Nous restons à la disposition de celle-ci pour partager nos connaissances techniques et iconographiques sur les images « 3D » de l’Asie, anciennes ou modernes, comme nous continuons à le faire avec l’EFEO.

 

Madame Cristina SCHERRER-SCHAUB, ancien directeur d’études EPHE, GREI/PSL, présente une communication intitulée :

Retour sur Gilgit (6e–9e siècle ap. J.-C.)

Une note relatant le contexte de découverte (à fin mai 1931) d’un nombre important de manuscrits indiens à Naupur, un village près de Gilgit, et envoyée à Paris depuis Misgar (le 8 août 1931) par Joseph Hackin, fut publiée par Sylvain Lévi dans le Journal asiatique (T. ccxx, n° 1 – Janvier-mars 1932, 1–45). En 2004 Gérard Fussman fournit une lecture critique des données archéologiques et essaya de déterminer la nature de l’édifice qui abritait la collection (Journal asiatique, T, 292, nr 1&2, 2004, 101–150). Cette question, à son tour, ouvre sur d’autres qui cependant font l’objet d’une étude séparée.

La collection de manuscrits, comme il advient souvent, hélas, fut dispersée entre institutions nationales et collections privées. Cependant, un répertoire fort précis et tout aussi utile est maintenant à la disposition des chercheurs (v. Hinüber et Wille 2014). Les historiens de leur côté trouveront une source riche d’information à la lecture de « Die Palola Ṣāhi Ihre Inschriften, Inschriften auf Bronzen, Handschruftenkolophone und Schutzzauber » (v. Hinüber, ANP, vol. 5, Mainz : Verlag Philipp von Zabern, 2004).

Beaucoup est connu, et beaucoup reste à découvrir. Un cas particulièrement intéressant à cet égard, nous est fourni par un texte conservé uniquement en tibétain, mais dont le titre sanscrit est attesté. Il s’agit des « Questions de Vimalaprabhā” (Vimalaprabhāparipṛcchā). » Pour Karl Jettmar, dont les recherches ethno-archéologiques dans les régions du nord du Pakistan demeurent fondamentales, le récit de Vimalaprabhā, présenté sous la forme d’une prédiction, serait en fait un récit historique des rois de Skar do (Baltistan), des liens dynastiques qu’ils entretenaient avec Khotan, enfin des conséquences de l’arrivée des Tibétains et leurs féroces alliés.

Le Vimalaprabhāparipṛcchā, dont le récit situe l’action entre Gandhāra, Khotan, Uḍḍiyāna (Swāt), Bru źa (Gilgit), Skar do (Baltistan) et Kaspar (Kāśmīr), est en effet l’un des rares textes qui écrivent l’histoire d’une société donnée. Dans le cas qui nous occupe, le bouddhisme coexiste avec d’autres religions et fait bon ménage avec les croyances indigènes, notamment avec les fées–démones (peri) qui donneront le nom de Peristan à une vaste région située au sud de l’Hindukush et à l’ouest de la chaîne du Karakorum.

L’exposé présentera quelques faits historiques, connus par le témoignage des sources citées plus haut, et que le Vimalaprabhāparipṛcchā évoque par le biais de la narration.


Séance du 9 février 2024

ORDRE DU JOUR

Communications :

Monsieur Rainier LANSELLE, professeur à l’École pratique des hautes études, EPHE-PSL Sciences historiques et philologiques, Direction d’études « Histoire et philologie de la Chine classique » présente une communication intitulée :

Littérature d’actualité dans la Chine du XVIIème siècle : ce que la langue fait au récit

La fin des Ming (XVIIème s.) voit l’éclosion sans précédent d’une « littérature d’actualité » qui rapporte, en langue vernaculaire, les événements politiques contemporains. Un large public s’approprie ainsi des connaissances relatives à la Cour et à ses conflits. Cette diffusion suppose que tout un savoir d’abord écrit en langue classique soit reversé dans des récits en langue vulgaire, romans ou pièces de théâtre. Deux livres publiés à peu de distance l’un de l’autre, le Yujing xintan 玉鏡新譚 (Les Nouvelles conversations du miroir de jade) et le Jingshi yinyang meng 警世陰陽夢 (Rêves yin et yang pour mettre en garde le monde), présentent un cas extrême de cette pratique : celle dans laquelle un même auteur, après avoir rédigé une relation en langue classique (le premier titre), en reprend le contenu pour la réécrire en langue vulgaire (le second titre). Nous évoquerons ce que la comparaison des deux textes nous apprend sur la manière dont il s’adresse ainsi à deux publics différents.

 

Monsieur François DÉROCHE, Président de la Société Asiatique, présente une communication intitulée :

Les aventures du « coran bleu » : de nouvelles pistes ?

Un des plus célèbres manuscrits du Coran est certainement le « Coran bleu ». Célèbre, mais mal connu : la fascination qu’il exerce a suscité différentes hypothèses sur le lieu et la date où il a été produit. Parce qu’une grande partie de ses feuillets sont conservés en Tunisie, parce qu’un inventaire médiéval de la Grande mosquée de Kairouan semble le mentionner, il a été principalement attribué à divers endroits dans la partie occidentale du monde musulman. De même, on a proposé d’y voir un manuscrit aghlabide (IXe siècle) ou fatimide (Xe siècle). Sur la base d’un examen des feuillets et par comparaison avec d’autres manuscrits coraniques du même ensemble paléographique, il est possible de proposer une histoire différente, sans toutefois réussir à percer tous les mystères de cette copie exceptionnelle.


Séance du 19 janvier 2024

ORDRE DU JOUR

Démission :

M. Guillaume DUCŒUR, Professeur d’histoire des religions, Directeur de l’IHR

Communications :

Madame Nae-Young RYU, docteur en histoire de l’art, présente une communication intitulée :

Les reproductions des peintures murales funéraires de Koguryŏ – un « musée imaginaire » centenaire

Les peintures murales funéraires de l’ancien royaume de Koguryŏ (IVe siècle environ – VIIe siècle) sont devenues invisibles une fois les sépultures refermées. Demeurées ainsi inconnues pendant plus de douze siècles, elles ne seront découvertes qu’à l’époque moderne, à la fin du XIXe. Cette présentation s’intéressera à l’histoire et à l’évolution, ininterrompues depuis 1907, des très nombreuses reproductions de ces peintures murales, reproductions aux typologies extrêmement variées, déclinées sur de multiples supports – photographies sur plaques de verre ou sur pellicule, copies peintes grandeur nature ou réduites, images de synthèse manuellement et numériquement restaurées, etc. -, et réalisées et diffusées par des équipes scientifiques et artistiques japonaises, chinoises, nord-coréennes ou sud-coréennes. Cette double histoire n’aura de cesse de remettre en jeu l’histoire de l’art de l’Asie du Nord-Est.

 

Monsieur Dae-Jae PARK, professeur à l’Université Korea, Séoul, présente une communication intitulée :

Redécouverte de l’estampage de la stèle du roi Kwanggaet’o conservé à la bibliothèque de la Société Asiatique au Collège de France

L’estampage de la stèle du roi Kwanggaet’o (414) du royaume coréen de Koguryŏ (dates officielles : – 37, 668) ayant fait l’objet d’une donation à la Société Asiatique par Alice Getty (1865-1946) en 1917 a été confondu avec un autre estampage de la même stèle collecté par Édouard Chavannes (1865-1918) et actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France, de sorte que, jusqu’à présent, l’exemplaire Getty n’avait pas été correctement expertisé. L’exemplaire Getty et l’exemplaire Chavannes gardent trace d’une fissure à la surface de la stèle et attestent la présence d’un revêtement de chaux aux endroits où les caractères sont abîmés, de sorte qu’ils datent tous deux d’une période postérieure à laquelle l’enduit de chaux fut posé. En examinant sur l’estampage les endroits où la chaux est tombée, il est possible d’estimer que l’exemplaire Getty a dû être fabriqué vers 1910, soit une période un peu plus tardive que celui de Chavannes, dont la date tourne autour de 1905. La stèle du roi Kwanggaet’o est inscrite sur ses quatre faces, mais le feuillet de l’estampage de la face 3 est manquant dans l’exemplaire Getty, alors que celui de la face 2 est en double exemplaire. Parmi la centaine d’estampages de la stèle du roi Kwanggaet’o connus à ce jour, l’exemplaire Getty constitue un cas unique dans la mesure où il comporte un double estampage réalisé à la même période. Il peut donc être utilisé comme un document de référence important pour déterminer la méthode de fabrication ainsi que la datation d’autres estampages.