Société asiatique séances 2025
SOCIÉTÉ ASIATIQUE : séances organisées en 2025
Elles ont lieu les vendredis à l’Institut de France, Salle Pierre et Marie Curie située au 1er étage au fond de la galerie des bustes (après les portes coupe-feu) , 23 Quai Conti, 75006 Paris (exception faite de l’Assemblée générale).

Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIIIe s.) – © Société Asiatique
Séance du vendredi 12 décembre 2025
ORDRE DU JOUR
Communications :
Madame Julieta ROTARU, Institut d’ethnologie et d’anthropologie sociale, Académie slovaque des sciences ; ILARA-EPHE-PSL, présente une communication intitulée :
Les origines des serments tsiganes
Cette recherche examine les serments tsiganes comme l’une des rares institutions héritées de la tradition indienne. Alors que les fonctions du serment indien sont bien documentées, les serments tsiganes demeurent peu étudiés. Notre présentation analyse ces serments à travers des documents en romani du XVIIIe siècle et des sources contemporaines. Malgré les ressources limitées disponibles, nous reconstruisons les cérémonies de prestation de serment du XIXe siècle. Nous explorons les vestiges d’ordalies dans ces rituels contemporains et leurs archétypes mythologiques indiens intégrés aux pratiques chrétiennes. En conclusion, à ce stade de nos recherches, nous pouvons affirmer que les proto-Roms ne s’intéressaient pas au répertoire des serments prêtés au nom de Mitra et Varuṇa. Ils connaissaient plutôt les formules de type śapath-, associées à la troisième fonction du schéma tripartite dumézilien.
Monsieur Satyanad KICHENASSAMY, Professeur des universités, Université de Reims Champagne-Ardenne et GREI (EPHE-Paris et Sorbonne-Université) présente une communication intitulée :
Philologie et épistémologie : succès récents et perspectives
La place des sciences indiennes dans l’histoire universelle fut soulignée par J. Filliozat dès ses premiers travaux. Il a perçu la nécessité d’en dégager une épistémologie dont il soupçonnait l’originalité. Ainsi, la cohérence (yukti) apparaît comme une exigence logique fondamentale (J. Filliozat, P. Filliozat). En outre, la création de nouveaux réseaux de sens dans les Upaniṣad-s, bien au-delà de la métaphore et la métonymie, n’a pas d’équivalent ailleurs (P. Filliozat). Enfin, les progrès récents des études védiques ont montré que le rituel a pu fournir un safe space, un « espace où [la liberté de penser] est assurée », dans lequel des progrès de nature purement scientifique furent atteints (J.E.M. Houben). Dans le cadre de cette tradition qui, on le voit, s’est développée à l’EPHE, nous avons montré que l’invention du raisonnement mathématique rigoureux, d’abord attesté en Inde, s’explique comme une réponse aux doutes quant à l’efficacité du rituel védique. La synthèse de l’action, de la parole et de la pensée, dans le rite correctement effectué, est le modèle d’une théorisation originale des activités humaines que la tension entre théorie et pratique ne peut représenter. Après un rappel, sur des exemples accessibles, des principaux aspects de cette épistémologie (voir Journal asiatique, 311.2, (2023), 267-303 et le résumé de notre cours à l’EPHE en 2023-24), on montrera que la même épistémologie guide la lecture les textes indiens rigoureux ultérieurs. Les éléments nouveaux furent la généralisation de l’écriture, et l’évolution de la conception de la personne humaine. On tentera de comprendre dans cet esprit pourquoi le zéro (kha, śūnya) comme nombre – et non seulement comme chiffre – apparut d’abord chez Brahmagupta (628 ap. J.-C.), plus d’un millénaire après la géométrie de Baudhāyana. On conclura par quelques remarques comparatives, en lien avec des travaux récents sur les domaines chinois et grec.
Séance du 14 novembre 2025
ORDRE DU JOUR
Nouveaux Membres :
M. Michel Lefebvre, professeur de philosophie au Lycée (académie de Lille), auditeur à l’EPHE, philosophie des textes bouddhiques d’Asie centrale, présenté par M. Georges Pinault et Mme Nahini Balbir (admis lors du conseil de la SA le 18 septembre 2025)
Communications :
Monsieur Damien CHAUSSENDE, chargé de recherche au CNRS, membre du Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie Orientale (CNRS-CRCAO) présente une communication intitulée :
Aspects du dialogue dans le Zuozhuan. L’exemple du règne du seigneur Xi 僖公 (659-627 av. J.-C.)
Le Zuozhuan (Commentaire de Zuo) est en Chine l’un des grands modèles en matière d’écriture de l’histoire. Censé commenter les Annales des Printemps et automnes (Chunqiu), attribuées à Confucius, il est bien plus qu’un simple commentaire : il est une chronique à lui seul, présentant d’innombrables récits donnant vie à deux siècles et demi d’histoire de la Chine antique, de 722 à 468. Les dialogues, les déclarations et les discours y sont particulièrement nombreux, et une première approche permet d’observer quelques modèles récurrents dans leur type et leur contenu. À travers une étude de cas fondé sur le règne du seigneur Xi, la communication aura pour objectif de mettre en lumière quelques-uns de ces modèles et de constituer une ébauche de typologie de l’oralité dans le Zuozhuan.
Monsieur Jean-Pierre MAHÉ, membre de l’Institut, présente une communication intitulée :
Médée, la Colchide et les chercheurs d’or
Héroïne de l’épopée des Argonautes, Médée a, chez les auteurs grecs, la réputation détestable d’une pharmacienne perverse, amoureuse compulsive, mère indigne et infanticide.
En réalité, son seul tort est d’avoir croisé le chemin des chercheurs d’or grecs, qui voulaient coloniser le littoral colche de la Mer Noire.
Aujourd’hui, l’histoire de l’exploration grecque du Pont – réputé ‘Inhospitalier’ à cause d’une traduction erronée de son nom iranien – et les fastes de l’antique royaume de Colchide nous sont mieux connus, grâce aux progrès de la linguistique et de l’archéologie.
L’analyse des sources littéraires, aussi bien que la magnifique orfèvrerie révélée par les fouilles de Vani, nous éclairent sur l’effort des populations autochtones pour protéger leur isolement et préserver leur patrie des intrusions étrangères.
Séance du 23 mai 2025
ORDRE DU JOUR
Communications :
Monsieur Jean IOZIA-MARIETTI, Diplômé de l’École Pratique des Hautes Études, présente une communication intitulée :
De l’Océan Indien aux comptoirs Français de Pondichéry : Étude de sociabilités maçonniques au XVIIIe siècle
La Compagnie des Indes se constitue en 1664 sous le règne de Louis XIV. Pour Colbert (1619-1683), secrétaire d’État à la marine et contrôleur général des finances, il s’agit de développer le commerce mais aussi d’empêcher les Anglais et les Néerlandais d’être les seuls présents dans cette partie du monde. Dans la conception économique de l’époque, personne n’envisage que les colonies puissent avoir une existence propre. L’expansion est donc liée à la vie économique de la Métropole qui a toute légitimité pour se réserver la totalité de ce commerce colonial. Sous Louis XV, le système est toujours géré par la Compagnie des Indes mais réorganisé en 1731. La Compagnie atteint son apogée en 1740. Louis XV déclare officiellement la guerre à Georges II, Roi d’Angleterre, en 1744. C’est la guerre de 7 ans (1756-1763). À la suite de cette guerre les comptoirs sont partagés et le traité de Paris entérine les possessions restantes de la France en Inde et dans l’Océan Indien : les Mascareignes (Ile de France et Ile Bourbon), les comptoirs de l’Inde (Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé). De nombreux travaux en histoire maritime et sur la Compagnie des Indes ont été publiés. Un aspect moins étudié est sans doute la vie sociale des participants à ces expéditions et à ces voyages. Le fait maçonnique émerge à partir du XVIIIe siècle, brassage divers de marins, militaires, artisans, marchands, hommes de sciences, médecins-chirurgiens. Les contrats commerciaux, les mouvements de navires vont offrir les conditions favorables à l’apparition de loges maçonniques dans cette partie du monde. Quelles dynamiques ces réseaux ont-ils pu jouer, au sein de ces « Orients », terme maçonnique indiquant le lieu où se constitue une loge, lors de l’établissement de ces comptoirs et dans la vie de ces nouvelles colonies ?
Séance du 11 avril 2025
ORDRE DU JOUR
Communications :
Monsieur Nicolas VATIN, Directeur de recherche émérite au CNRS, Directeur d’études honoraire à l’EPHE, Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, présente une communication intitulée :
Comment Hayr ed-Dîn Barberousse traitait ses captifs
Une part considérable du butin des corsaires algérois était constituée de chrétiens capturés sur terre ou sur mer. Aussi est-ce un sujet fréquemment abordé dans les Ġazavât-ı Hayr ed-Dïn Paşa. Il est donc possible d’analyser de plus près la manière dont Hayr ed-Din Barberousse traitait ses captifs à Alger. Après avoir brièvement évoqué leur usage, on s’intéressera aux problèmes que posait la gestion de cette masse d’étrangers retenus de force. L’obligation morale et légale de bien les traiter se heurtait à la question de la réciprocité vis-à-vis des captifs musulmans en terre chrétienne. Leur nombre et la proximité de l’ennemi multipliaient les risques d’évasion et constituaient même un danger pour la sécurité des musulmans. Enfin, s’ils étaient sans doute pour certains destinés à être rendus contre rançon à leurs proches, cette logique économique était contredite par leur nature de prisonniers de guerre, au point que la question pouvait se poser de savoir s’il convenait de les éliminer. À ces questions, Barberousse tenta de répondre de façon appropriée et légale, mais son approche évolua, signe que la réponse n’était pas évidente.
Séance du 21 mars 2025
ORDRE DU JOUR
Communications :
Monsieur Grégory CHAMBON, Directeur d’études « Savoirs et culture matérielle au Proche-Orient ancien » à l’EHESS, présente une communication intitulée :
La gestion des huiles et des graisses dans le palais de Mari à l’époque paléobabylonienne
Les huiles (d’olive et de sésame) et les graisses (suif, beurre et saindoux) répondaient en Mésopotamie aux besoins fondamentaux de l’homme au même titre que la nourriture, le logement et les vêtements : les substances grasses sont en effet indispensables pour protéger la peau, en particulier dans un climat aride. L’importance fondamentale de l’huile et de la graisse pour une culture humaine est mise en évidence dans le chef-d’œuvre de la littérature mésopotamienne, l’épopée de Gilgamesh : après avoir mangé du pain et bu de la bière, l’homme sauvage Enkidu est devenu un homme civilisé après s’être oint.
La riche documentation administrative du palais de Mari à l’époque paléobabylonienne nous informe de façon précise sur une gestion palatiale des huiles et des graisses. Cet exposé se propose de reconstituer, à partir de cette documentation, la « chaîne opératoire » de ces huiles et graisses, de leur production à leurs usages, en passant par leur transport et leur stockage.
Madame WU Huiyi, Chargée de recherche au Centre Alexandre Koyré/ CNRS, présente une communication intitulée :
Entre les sciences naturelles et la sinologie : la collection de minéraux chinois de J.-F. Vandermonde
De son séjour à Macao entre 1723 et 1731, le médecin français Jacques-François Vandermonde (1692-1746) a ramené une traduction partielle en français du Bencao gangmu [Compendium of Materia Medica] de Li Shizhen, accompagnée d’une collection de minéraux soigneusement étiquetée en chinois, et récemment redécouverte au Muséum national d’histoire naturelle. À plusieurs reprises au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, cet ensemble a circulé dans les cercles de savants français, attirant leur attention en tant que support de savoirs sur la médecine, l’industrie, la géologie, et la philosophie naturelle chinoise. En retraçant l’histoire de cette collection, cette présentation questionne la place changeante qu’occupent les objets et savoirs naturalistes chinois dans le paysage savant de la France, ainsi que les relations multiples entre la sinologie et les sciences naturelles.
Séance du 14 février 2025
ORDRE DU JOUR
Communications :
Monsieur Jan E.M. HOUBEN, Directeur d’Études à l’EPHE-PSL, présente une communication intitulée :
Le Temps selon le grammairien-philosophe Bhartṛhari (fin Ve – début VIe siècles) et ses commentateurs : un nouvel éclairage sur une vieille controverse.
L’un des principaux domaines de recherche, de publication et d’enseignement de Pierre-Sylvain Filliozat a été la tradition de la grammaire sanskrite, avec comme point culminant la grammaire sophistiquée de Pāṇini, suivie de commentaires détaillés dans lesquels les règles de la grammaire de Pā ṇini (IVe siècle AEC), sont analysées et explorées du point de vue de la grammaire, de la linguistique et de la philosophie. Dans cette tradition, le philosophe-grammairien Bhartṛhari (fin Ve – début VIe siècles) constitue un jalon marquant, et P.-S. Filliozat a contribué à l’étude de cet important penseur. Dans sa présentation lors du colloque international sur Bhartṛhari de 2003 (à New Delhi, Inde) et dont les Actes ont paru en 2009, P.-S. Filliozat a souligné que Bhartrhari « a conçu un système métaphysique bien structuré dans lequel le temps occupe une place centrale ». Bhartrhari a exprimé ses vues de la manière la plus systématique dans le Vākyapadīya, composé de quelque 1950 vers didactiques ou kārikās. En ce qui concerne l’interprétation précise de certaines de ces kārikās, y compris celles concernant la conception philosophique du Temps par Bhartrhari, les premiers commentateurs montrent un certain nombre de désaccords, et il existe également une longue controverse sur l’identité de ces premiers commentateurs. Nous expliquerons d’abord les principaux points de la philosophie du Temps de Bhartrhari et apporterons quelques nouvelles perspectives sur ces controverses en nous appuyant sur une étude récente des manuscrits d’un commentaire ancien rare.
Monsieur Jean-Pierre MAHÉ, membre de l’AIBL, présente une communication intitulée :
De l’Anatolie antique au Caucase médiéval : l’image et le son.
Entre ce titre ambitieux et les super-productions hollywoodiennes que furent Spartacus, Quo vadis, les Dix commandements, il y a au moins une différence essentielle : loin d’être contemporains, le son et l’image sont séparés par plusieurs siècles, et même des millénaires. Mais pour le reste, il s’agit bien d’un problème cinématographique : mettre des paroles sur un décor et des personnages.
Prenons le cas du bouclier ourartien d’Anzaf (VIIIe siècle avant notre ère), qui montre le dieu Khaldi entrainant au combat tout le panthéon d’Ourartou et provoquant la panique des armées assyriennes. Le son est réduit aux noms des divinités indiqués en caractères cunéïformes. Mais les mêmes noms se retrouvent dans un tarif sacrificiel gravé sur le roc de la Porte de Mher. Or Mher – un Mithra plus ou moins humanisé, transformé en géant dans le folklore arménien – partage le rayonnement et la force titanesque du Khaldi ourartien. Il est vrai que l’épopée où il apparaît n’a été recueillie qu’au XIXe siècle, mais on peut démontrer qu’elle était déjà connue des auteurs arméniens du premier millénaire.
Autre exemple : les vichaps. Ce que les Arméniens appellent ainsi sont des gros poissons monolithes, que les Ourartiens plaçaient dans les canaux d’irrigation pour intimider les monstres de la canicule, insatiables serpents de nuages noirs pompant en été toute l’humidité de la terre et asséchant lacs et rivières. Des rituels arméniens pour la pluie conservent la mémoire des chants que l’on adressait à ces bons poissons protecteurs. À qui observerait que ces miettes ethnologiques sont bien loin d’épuiser la question, on pourrait citer le proverbe géorgien : « il n’est pas nécessaire de boire toute l’eau du fleuve pour savoir quel goût elle a ».
Séance du 17 janvier 2025
ORDRE DU JOUR
Décès :
Gérard GROUSSIN (entrée à la SA 1988)
Pierre-Sylvain FILLIOZAT (entrée à la SA en 1962)
Démissions :
Jean-Pascal BASSINO
Laurianne BRUNEAU
Nouveaux membres :
Reza FARNOUD, parrainé par MM. Jean-Michel Mouton et Jean-Claude Voisin ;
Soufyane BOUZIDI TANI, parrainé par MM. Jean-Michel Mouton et Jean-Claude Voisin
Communications :
Monsieur Giuseppe LABISI, chercheur post-doctoral à l’Université de Konstanz (Constance, Allemagne), présente une communication intitulée :
Dastgerd. Un modèle d’établissement dans l’Iran historique entre les périodes sassanides et islamiques.
Le terme dastgerd vient du Pahlavi et désigne des propriétés foncières royales et/ou aristocratiques comprenant des terres agricoles, des palais, des résidences, des jardins et/ou des terres cultivées. Dans les textes moyen-perses et islamiques, le dastgerd désigne des établissements à fonctions agricoles et représentatives. Ce concept et modèle de dastgerd trouve des parallèles avec les établissements califaux et aristocratiques du début de l’époque islamique, caractérisés par des murs d’enceinte, des zones représentatives et religieuses, ainsi que par l’utilisation des ressources naturelles pour les jardins et les cultures. L’analyse historique suggère une continuité entre les dastgerd sassanides et les résidences extra-urbaines islamiques, influençant l’architecture et les modèles d’établissement en Asie Occidentale à la période islamique.
Monsieur Reza FARNOUD, Docteur es Sciences (PhD), Ingénieur de recherche hospitalier, présente une communication intitulée :
Iran: interprétation de la prise d’une forteresse urartienne au VIIe siècle av. J.-C. et l’existence contestée d’un qanat
Le roi assyrien Sargon II dans sa 8e campagne militaire pénètre le royaume voisin d’Urartu et détruit notamment la ville d’Ulhu et son système d’irrigation.
Il existe actuellement des doutes sur la localisation d’Ulhu et la nature de son système d’irrigation qui selon certains pouvait être un qanât. Le texte de Sargon serait alors le plus ancien témoignage sur l’existence des qanâts dans le monde iranien.
Dans cet exposé, et selon des observations du terrain très récentes, nous proposons de situer Ulhu à l’ouest du lac d’Ourmia. L’analyse précise du terrain aujourd’hui et sa comparaison avec le texte offrent de précieuses similitudes avec le texte du VIIe siècle av. J.-C.